« Je vis de ta vie ardente, et tu mourras avec délices, pour te fondre dans la mienne »

Avis sur Carmilla

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S’inscrivant dans la mouvance gothique, Carmilla fait partie des incontournables de la littérature vampirique ; la vraie, pas les graillons infâmes relativement récents qui font jaser les incultes et les émotives béotiennes. Si dans le fond, le livre lui-même n’est pas exceptionnel, il est intéressant de se pencher sur ce qui inspira le chef d’œuvre de Bram Stoker qu’est Dracula. De plus, il s’agit du second récit de vampire ayant vu le jour – le premier étant la nouvelle Le vampire de John Polidori – ce qui permet donc de retourner aux origines.

Résumé

En Autriche – plus précisément en Styrie – un père vit tranquillement dans son château avec sa fille. Ne recevant que peu de visite, Laura se montre toujours très enjouée à chaque nouvelle rencontre, et lorsqu’une noble dame laisse son étrange fille aux bons soins de son père suite à un accident qu’on imagine savamment mis en scène, Laura s’empresse de faire sa connaissance. Bien que sujette à des comportements insolites, Laura est à mille lieues de s’imaginer que son adorable Carmilla n’est autre qu’une vile créature démoniaque. Pendant ce temps, une inquiétante maladie semble s’être abattue sur la région, causant plusieurs morts dans le voisinage et plongeant le père de Laura dans une certaine contrariété, jusqu’à ce que cette dernière souffre de symptômes identiques. Malgré l’évidence de la situation, Laura refuse de reconnaitre son mal et se laisse lentement dépérir.

Écriture & narration

Ce roman très court (à peine 123 pages, et je compte la préface avec) se lit véritablement d’une traite. Sa narration à la première personne et son écriture particulièrement fluide et sans fioriture en font une lecture des plus simple. Avec Le Fanu, on va droit à l’essentiel jusque dans les descriptions ; pas de détails ni de perte en rythme. À chaque nouveau chapitre, on fait un petit bon dans le temps pour arriver à un nouvel évènement important, si bien qu’on ne parvient pas à reposer le livre tant qu’on ne l’a pas achevé ; c’est un pur enchainement de péripéties qui tient le lecteur en haleine. Et ce, d’autant plus que nous connaissons la véritable nature de Carmilla et que nous assistons impuissant à la naïveté des autres personnages malgré les éléments plus que troublants entourant sa personne. À chaque page tournée, on se demande s’ils vont enfin démasquer Carmilla ou au contraire, découvrir la supercherie trop tard. Le suspense est réel, car en matière de littérature gothique, les fins « bisounours », ça n’existe pas et il faut s’attendre à tout.

Intrigue

Sans surprise, la trame tourne quasi-exclusivement autour de la relation ambigüe qu’entretiennent Laura et Carmilla. Si la première espère simplement une amitié, la seconde se déverse en déclarations et autres comportements passionnés au point de bouleverser la narratrice. Toutefois, la beauté surnaturelle et le mystère entretenu autour de sa compagne ont vite fait de lui faire oublier ses excès. À titre personnel, je ne vois pas véritablement ici de représentation de l’amour interdit ou de tribadisme comme l’indique la quatrième de couverture chez les éditions Livre de poche ; car même si certaines scènes peuvent poser questions, il n’en demeure pas moins que c’est extrêmement dilué et que la nature diabolique de Carmilla peut facilement expliquer ses écarts. Au pire, c’est davantage de la séduction malsaine que de l’amour, d’autant plus que Laura n’est pas la première à succomber aux charmes du vampire. En tous les cas, si l’auteur a vraiment voulu intégrer une certaine forme d’homosexualité féminine, on ne peut légitimement pas dire que ce soit sous un jour favorable. On peut trouver les vampires fascinants, sombres et mystérieux, mais dans le fond, il n’en ressortira rien de sympathique… Indépendamment de cela, comme je l’ai déjà souligné, l’intrigue avance rapidement, si bien d’ailleurs que l’auteur en oublie d’introduire proprement l’un des personnages et le fait surgir à l’improviste vers la fin du livre ; fin qui se révèle en plus de cela hautement expéditive à mon goût. Malgré un dénouement fort explicatif sur le personnage de Carmilla, Le Fanu laisse tout de même des zones d’ombres qui interpellent l’imagination du lecteur ; c’est notamment le cas s’agissant de l’identité de la dame qui se proclame être la mère de Carmilla et l’étrange femme noire dans la voiture accidentée.

En définitive, je pense que l’œuvre aurait pu être une véritable perle si elle ne souffrait pas d’un manque de développement. L’histoire, beaucoup trop rapide, empêche une certaine immersion et reste en surface des choses. La relation Laura/Carmilla est tout de même réduite à son minium. Quant aux autres personnages, n’en parlons même pas… L’auteur s’est finalement contenté de poser les bases du mythe, cantonnant ainsi son récit en une lecture sympathique, mais sans plus.

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