Simon est devenu cannibale du jour au lendemain. Il ignore pourquoi et surtout il n'arrive pas à se contrôler. Il pense d'abord être un cas isolé avant de découvrir que c'est une épidémie qui touche une grande partie de la population : des gens bouffent des gens. Et pour les bouffer, il faut les tuer…
Face à cette situation très inhabituelle, Simon tente de maintenir sa dignité, de prendre soin de sa famille et d'être professionnel au travail.
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Si le roman se sublime dans l'ivresse de la chair humaine jusqu'à la limite du porntorture, il maintient très efficacement le second degrés et l'humour noir. Ce qui donne avant tout ce charme à cet excès de barbarie omniprésente : ce ton caustique bien maîtrisé, que j'ai trouvé assez impressionnant. Ce qui démontre la qualité d'écriture.
Ce n'est pas seulement un festin de viandes déontologiquement réprobateurs, mais également un buffet de réflexions sociales : les réseaux sociaux, les youtubeurs, les influenceurs, les téléréalités, les médias, la police, le gouvernement face à une situation très extrême inexplicable…
Julia Richard guide son lecteur à la perfection en choisissant d'écrire à la première personne du singulier. Nous devenons ainsi Simon avec ses envies incontrôlables, ses remords, ses incertitudes, son déni, ses pulsions et ses pertes de mémoires. le choix de faire n'importe quoi avec l'ordre des chapitres intensifient ses confusions. Ces différentes compositions narratives interrogent efficacement les problèmes éthiques, nous obligeant à comprendre et à prendre position. Ils soulignent également que le bon sens moral n'est pas une ligne droite, mais plutôt une zone floue.
Nous trouvons ainsi plusieurs profils contestables :
1. Les cannibales. Malades incapables de se contrôler, des gens comme vous et moi soumis à des extrêmes qu'ils n'ont pas choisis, et que l'auteur montrera sous deux visages : parfois en fous dévoreurs de chair humaine, parfois en humain raisonnable, parfois adorant leur condition, parfois se culpabilisant (ce qui est très déstabilisant). Mais on ne peut pas avoir d'empathie pour une personne qui bouffe des gens, malade ou pas.
2. Les psychopathes qui vont utiliser la situation à leur convenance : choisir de trouver la nourriture pour les cannibales, devenant ainsi irremplaçable et essentielle à la survie des malades. Ou choisir de tuer les cannibales justifiant éthiquement le meurtre comme vengeance ou protection de l'humanité.
3. Ceux qui ont peur, et choisissent de participer à une tuerie de cannibales.
Bref, bien que drôle, une lecture moralement déroutante.