Contes du jour et de la nuit

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Mon grand-père aimait raconter un tas d'histoires sur la guerre ou sur sa vie passée. Je me rappelle peu des discussions que nous avons eues, mais certaines restent gravées. Un de ces moments concerne Maupassant. Le visage parcheminé s'éclairait d'un sourire en évoquant le style de l’écrivain, me confiant qu’un ancien président conservait toujours un livre de l'auteur sur sa table de chevet. Maupassant, qui a grandi dans la région où nous vivions alors, semblait détenir quelque chose de singulier aux yeux du vieil homme. Bien sûr, tout gamin que j’étais, la littérature classique ne m'attirait pas plus que ça. Des années plus tard, je retrouvais les livres de mon grand-père rangés soigneusement dans des cartons. Je décidai de sauver quelques-uns de ses objets en souvenir, notamment les ouvrages que je m’étais promis de lire : la biographie de Chopin, un recueil de Shakespeare et un ou deux bouquins de Maupassant.

Mon bagage culturel n’est pas littéraire, et en m’attaquant au Horla puis aux Contes du Jour et de la Nuit, je n’avais pas de repères. Les contes font quelques pages chacun, ils s’enchaînent sans fil rouge de prime abord, si ce n'est ce style mordant et poétique. Les couleurs jaillissent, fugaces et mouvantes comme une pluie de météores. La lecture est fluide et la mort s’invite régulièrement au détour des pages pour saupoudrer de gravité le ton parfois léger du récit. Il est difficile en fait de deviner l’issue des nouvelles. Elles se lisent dans n’importe quel ordre, portant un regard malicieux sur des ambiances fin 19ème et des situations mêlant la bourgeoisie précieuse aux campagnes plus bourrues. J'allais retrouver quelques années plus tard un style encore différent dans Bel-ami ou Une vie. En tout cas, la qualité de la prose, l’évocation impressionniste des paysages et la variété des contes (jusqu’au fantastique de La Main) méritent déjà de s’intéresser au recueil. Un chouette bouquin, auquel je réserve bien sûr une place particulière.

C’était l’heure du thé, avant l’entrée des lampes. La villa dominait la mer ; le soleil disparu avait laissé le ciel tout rose de son passage, frotté de poudre d’or ; et la Méditerranée, sans une ride, sans un frisson, lisse, luisante encore sous le jour mourant, semblait une plaque de métal polie et démesurée. Au loin, sur la droite, les montagnes dentelées dessinaient leur profil noir sur la pourpre pâlie du couchant. On parlait de l’amour, on discutait ce vieux sujet, on redisait des choses qu’on avait dites, déjà, bien souvent. La mélancolie douce du crépuscule alentissait les paroles, faisait flotter un attendrissement dans les âmes.

(Juillet 2018)

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    En couverture, Joseph Mallord William Turner, The Lake, Petworth, Sunset, a Stag Drinking, 1829.

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    L'image en couverture est tirée des travaux de John Atkinson Grimshaw, A Wet Moon, Putney Road, 1886.

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