Dans la nuit éternelle

Avis sur Dans la nuit des cavernes

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A voir ce bonhomme sec au visage sévère, on n'imaginerait jamais que Norbert Casteret était un grand sportif et un original. On l'imaginerait plus comme clerc de notaire, assis sur un rond de cuir que comme un des derniers grands explorateurs. Pourtant, il était capable de nombreuses excentricités, comme de faire une course automobile la nuit dans les rues de Paris à plus de 180 km/h, avec quelques autres explorateurs célèbres de l'époque.

La lecture de ces quatre nouvelles fantastiques et loufoques nous donnent la mesure de la liberté aventureuse, physique et intellectuelle dont était capable cet original.

Mais je vais profiter de cette occasion pour vous donner un aperçu personnel de ce monde.

Première

Dans la nuit éternelle, une goutte se fraie un passage dans les interstices de la roche. Au hasard des pentes et des fractures, elle s'enfonce toujours plus avant, dissolvant au passage un peu de ce calcaire. Elle rencontre d'autres gouttes, s'assemble, se sépare, trouve des conduits de plus en plus spacieux, puis un tube rectiligne et vertical.
Elle perle progressivement à l'extrémité de la stalactite, un léger courant d'air évapore un peu de son eau. Un peu de calcium se dépose. Elle gonfle et tout-à-coup stille, entrainant avec elle un collembole venu se désaltérer.
Elle éclate sur une stalagmite avec un bruit qui résonne dans un vaste espace silencieux, en multiples gouttelettes qui tombent dans l'eau d'un gour. Un niphargus alerté par les vibrations du collembole qui se noie se jette sur lui et le dévore.

De loin en loin une goutte explose avec fracas. Lorsqu'elle tombe sur de la terre, le son est celui d'un rocher qui chuterait dans le lointain.
Tout cela se répète depuis des millénaires. L'eau creuse, dissout, dépose et tisse sa robe.

Justement, un évènement nouveau se produit: un courant d'air.
Peu de temps après, des chocs, des pas, des voix, puis un reflet sur une paroi.
Tout-à-coup, une lumière éclaire et fait scintiller tout l'espace. Un homme suit, la flamme de sa lampe à acétylène sur le front.
Partout des concrétions renvoient la lumière.
Une seconde lumière apparait. Les deux éclairages qui se déplacent renvoient la lumière sous des angles différents. Les parois, les concrétions semblent s'animer. Tout est en mouvement. Tout semble incertain. Le sol, les parois, les stalactites, les fistuleuses, les pis de vaches, les excentriques, les perles des cavernes, les gours finement ourlés, la calcite flottante, tout est recouvert de cristaux triangulaires de calcite, de bouquets scintillants d'aragonite, d'un saupoudrage de sucre glace.

Depuis cent mille ans, l'eau tisse patiemment sa robe de calcite pour cet unique et fugace instant où la lumière vient consacrer le mariage de l'eau et du temps.

Mais déjà, les spéléologues reprennent leur progression. Les bottes écrasent les cristaux, ébrèchent la dentelle des gours, brisent la calcite flottante. Les vêtements frottent sur les parois et les grosses concrétions, les nettoyant de leur saupoudrage cristallin. Pour continuer, il faut se frayer un passage dans la forêt de macaronis avec un bruit de vaisselle brisée.

La lumière diminue.
Le bruit des pas s'estompe.
La magie est passée.

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