Un pari raté

Avis sur Dialogues désaccordés

Avatar Paul Staes
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Le livre est plaisant à lire car comme tout homme fasciné par le vide, la noirceur et le "underground", on se plait à lire les propos d'une individu radical comme l'essayiste Alain Soral. En fait, rien de nouveau sous le soleil pour ce dernier qui, que ce soit sur ses vidéos youtube ou sur son site, a toujours les mêmes thèses qui se résumeraient très approximativement ainsi : le monde est sous domination judéo-protestante, par Israël et les Etats-Unis, et la France se retrouve écrasée par cet empire mondial rongé par ce qui tend à tuer la société française traditionnelle depuis 1789, avec la complicité des bourgeois,de l'individualisme, et des communautés de toute sorte. Alain Soral, même si certaines des idées peuvent être intéressantes (comme la supériorité du social sur le sociétal), tombe dans une tourbe grossière où les Juifs deviennent des ennemis à abattre et où les sujets de l'homosexualité, des femmes et des élites sont traités de manière indigne et finalement peu argumentés. Alain Soral est un platonicien religieux radical qui lit Marx comme on lit la Bible, qui croit à l'au-delà, qui pense que tout rendre dans son prisme de vue, qui rejette ses contradicteurs dans le camp culpabilisant de la "mondanité" et qui pousse même le vice jusqu'à énoncer des thèses psychanalytiques à deux balles comme le complexe d'oedipe, avec l'idée de la femme pénétrée, considérant les homosexuels comme des "invertis" n'ayant rien compris à rien, passant leur temps à se sodomiser.

La force de cet essayiste est son style, sa capacité à sortir argument sur argument et à construire un système pour rendre cohérentes des idées qui, prises à part, ne le sont que très peu. De plus, il se dit défendre le peuple SANS JAMAIS UNE SEULE SECONDE prendre leur défense sur des lois sociales, sans jamais parler d'impôts (il défend les évadés fiscaux) et en se contentant de ne parler que du sociétal et d'une finance juive maçonnique à deux balles. Mettez un homme rationnel face à Soral, voire même une table, et cela suffira à convaincre chacun de sa bêtise. Cependant, on a mis Eric Naulleau face à lui. Et ce dernier est nul : il ne remet rien en cause, se contente de lancer des débats sans jamais dire quelque chose d'intéressant, avec une ironie constante à en devenir lourde, et ne fait tout simplement pas le poids au niveau de l'argumentation. Son problème n'est pas qu'il soit mondain, mais qu'il est finalement profondément fasciné par son interlocuteur au point de ne pas réussir à lui apporter la contradiction. C'est donc un pari raté. Dommage pour la démocratie.

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