Nobuteru et Takeshi se sont connus enfants. Le premier a poussé le second dans la cour d'école et celui-ci ne s'en est pas tiré indemne : il boitera jusqu'à la fin de sa vie. Mais quand il se réveille après sa mort, son handicap a disparu. Les personnes qu'il croise lui disent qu'il est en enfer, mais ce monde est extrêmement semblable à celui des vivants : il retrouve des connaissances, ses anciens amis, ses collègues de travail. A une différence près : ils peuvent lire dans les esprits et découvrir pourquoi ils sont morts, ou qui a trompé qui.
Le nom de Yasutaka Tsutsui vous est certainement inconnu. Mais si je vous rappelle qu'il est l'auteur des romans à l'origine des films Paprika ou la Traversée du Temps, cela devrait plus vous parler : des oeuvres au scénario particulièrement fin et intelligent, jouant avec la réalité d'une façon que Philip Dick n'aurait pas renié.
Hell évolue dans le même registre : mélange entre la réalité et monde légèrement distordu, les personnages et le lecteur naviguent dans le flou. Car nous ne sommes pas dans un roman structuré, mais plutôt dans une errance, sautant d'un personnage à l'autre, alternant les scènes entre le monde réel et cet enfer. Des gens qui se sont menti toute leur vie, coincés dans les conventions sociales japonaises, découvrent la réalité des relations, ce qu’ils cachaient, leurs erreurs et leurs échecs.
Mais loin d'une position d'écrivain moraliste Tsutsui prend ses distances : aucune empathie ne transparait, les personnages restent froid, n'éprouvent aucune émotion, aucun remord ou regret. Sont-ils vraiment en enfer ? Et pourquoi ? Ont-ils juste baptisé ce lieu ainsi, faute de mieux ? L'auteur ne répond à aucune de ces questions, il les laisse au lecteur lors d'une fin particulièrement mystérieuse.
Hell est un livre comme on en lit peu, totalement atypique, envoutant et énigmatique, plus proche de l'anticipation sociale de JG Ballard ou de Will Self que de la science-fiction ou du fantastique. A recommander aux lecteurs qui ne craignent pas d'être déroutés.