L'image sur la couverture ne laisse planer aucun doute sur le genre : ça va être sale, glauque et morbide. Sûrement mortel.
C'est l'été 1985, quelque part en Californie, sur la propriété isolée de la famille de Galen. Il a 22 ans et vit avec sa mère. Choyé, nourri et blanchi, le jeune homme est malgré tout obligé de participer au rituel du thé et mini-sandwichs que lui prépare sa mère chaque après-midi, avant la traditionnelle visite à sa grand-mère en maison de retraite. On comprend assez vite que Galen en veut à sa mère, notamment de ne pas lui avoir payé des études à la fac. Frustré, il glande dans le jardin où un verger s'étend sur plusieurs hectares. Peu sociable, il ne fréquente personne en dehors des femmes de sa famille : sa grand-mère, sa mère Suzie-Q., sa tante Helen et sa cousine Jennifer. Obsédé et toujours puceau, Galen fantasme à fond sur les femmes mises en scène dans le magazine Hustler et... sur sa cousine, âgée de 17 ans, qui s'amuse à le provoquer, à l'humilier et à le pousser au vice. Interdépendantes, toutes ces personnes sont emplies de rancune les unes pour les autres, car à l'origine de tout, il y a l'argent et la violence du père.
David Vann ne nous laisse absolument pas aimer ses personnages, tous plus insupportables les uns que les autres. Ce qui compte ici c'est le drame. Et il se profile à toute vitesse... C'est une curiosité un brin malsaine qui m'a poussée à aller jusqu'à la fin du roman. On est loin, trèèèèès loin des romans aseptisés, du feel-good, et des fins qui finissent bien. L'auteur fouille la crasse humaine, il provoque notre sens moral en remuant ce qui nous ébranle le plus. Il ne prend aucune pincette et décrit crûment des scènes qu'on aurait préféré ne jamais lire.
Tout au long du roman, nous suivons une semaine de la vie de Galen. Nous devons subir ses délires paranoïaques et son goût pour la méditation qui vire parfois au chamanisme. L'ambiance est suffocante, malsaine, lourde de non-dits, puis d'actes de plus en plus graves. Si notre morale nous alerte, Galen, lui, n'en possède aucune...
Un voyage éclair au chalet familial, point d'apothéose pour toute la famille, met en scène la violence de chacun. Après une baston entre ses filles, la grand-mère de Galen fugue dans la forêt à la nuit tombée, rattrapée par Galen, le seul à éprouver un peu de pitié et d'affection pour cette femme qui perd la mémoire. Tandis que ses filles se volent dans les plumes pour une histoire d'argent, Galen se laisse prendre au jeu dangereux de sa cousine, ce qui n'échappera pas au regard de sa mère... Mamie ramenée dans son mouroir, Tata-baston et perverse-Jenni s'échappant avec un chèque, Galen et sa mère se retrouvent à nouveau en tête à tête. L'occasion pour eux de régler leurs comptes...
Sous un soleil de plomb, Galen plonge dans la folie. Nu, il se couvre de terre, pensant y trouver là le chemin vers la réalité. Incapable de comprendre les comportements des femmes de son entourage, il choisit de voir le monde sous un autre angle, faisant fi du monde réel. Il vit sur un autre niveau de réalité qui le conduit à des actes sans concession, sans retour en arrière possible. Ce sont des scènes crues, insoutenables et immorales. Et un poil trop longues (cette deuxième partie, qui s'enfonce dans la dérive, dure quand même 100 pages). Comment, en tant que lecteur.rice, revient-on dans le monde normal après une telle lecture ?