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Littérature
Je suis sociologiquement prédisposé à aimer Desproges : mes parents écoutent France Inter. Par ailleurs, j'aime lire, j'ai remarqué au bout d'une douzaine d'années que quelque chose ne tournait pas...
le 6 août 2013
*Inspiré de la critique de Renonçants, qui s’inspire de celle de Songe à ceux qui songèrent, qui s’inspire de celle de Walking Class Heroes, du même auteur…*
Partie intégrante de vingt-six volumes (un titre par lettre de l’alphabet) regroupant chacun vingt-six portraits (un nom par lettre de l’alphabet) autour d’un thème défini, Jouir se place à mi-chemin, peut-être faudrait-il dire à tiers-chemin, de plusieurs traditions : celle des biographies express, celle des mélanges thématiques et peut-être celle de l’exercice de style – en gros, entre le Marcel Schwob des Vies imaginaires, le Ben Schott des Miscellanées et le Georges Perec de La vie mode d’emploi (1).
Ça pourrait être fastidieux. Ça ne l’est pas, notamment grâce au style – beaucoup plus fluide et digeste que celui de la phrase qui ouvre cette critique. L’auteur sait brosser des esquisses aussi laconiques que justes, comme lorsqu’il définit l’abbé Prévost comme un « militant du dépucelage » (p. 84) ou qualifie la reine Margot d’« amoureuse dégradée » (p. 70). Il alterne sans pédanterie ni effets de manche, parfois dans un même paragraphe, entre portrait particulier et digressions générales : Shôhei Imamura « avait peu à peu adopté pour parler d’Éros cette distance humoristique qui serait la marque de ses derniers films. L’accouplement d’un homme et d’une femme était après tout une chose plutôt saugrenue, et il n’y avait aucune raison de le montrer sous un angle tragique » (p. 50)
Tout ceci est donc assez borgesien, finalement. Ce n’est pas un hasard si l’auteur de l’Histoire universelle de l’infamie est cité en toute fin d’ouvrage. Comme Borges, Michéa Jacobi a l’élégance de ne jamais sous-estimer son lecteur, ni le plaisir que ce dernier peut éprouver à s’arrêter pour réfléchir au milieu d’un bouquin comme on s’arrête dans un jardin pour respirer une fleur. Ainsi, au détour d’un portrait de De Quincey : « la jouissance est égalitaire. Nul, aussi subtil et savant écrivain qu’il soit, ne peut prétendre la décrire avec plus de profondeur qu’un autre. » (p. 95). Et tout comme chez Borges, le sérieux dans Jouir n’exclut pas l’humour, cette autre forme de l’élégance – cf. un livre de Xaviera, « texte très répétitif (c’est le défaut du genre), impossible à lire, même d’une seule main » (p. 123).
Du reste, il est toujours plaisant de se voir rappeler que la littérature non seulement parle des autres domaines de l’esprit humain (il y a dans Jouir des écrivains, des philosophes, des nobles, des drogués…), mais qu’elle parle de la réalité de tous les temps. Depuis Denys d’Héraclée jusqu’à Ella Fitzgerald. Oui.
(1) L’ensemble s’appelle Humanitatis Elementi. Il devrait se constituer de six cent soixante-seize portraits. Le lecteur qui pratiqua autrefois le calcul mental aura remarqué qu’après les lettres W (Walking Class Heroes, 2012), X (Xénophiles, 2015), R (Renonçants, 2016) et S (Songe à ceux qui songèrent, 2018), on n’attend donc plus que vingt et un volumes. S’il faut une autre référence, on peut penser aux 76 clochards célestes ou presque de Thomas Vinau.
Créée
le 21 janv. 2019
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