Le cycle de l'absurde.

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Certes, ce roman appartient à ce que l'on nomme traditionnellement, dans l'oeuvre de Camus, "le cycle de l'absurde", mais il en représente aussi un, celui de la vie de Meursault.
Meursault, ce personnage insensible et imperméable à tous les impératifs sociaux, même ceux que l'on croirait les plus sacrés.
Il n'a de cesse de nous poser une question, une question qui traverse chaque page, et qui nous met mal à l'aise car, si nous décidions réellement de nous la poser, nous ne pourrions pas répondre. Nous ne pourrions pas nous lever le matin.
Pourquoi ?
Qu'est-ce qui rend le principe de maternité tellement sacré qu'il semble transcender la réalité quotidienne de ce rapport ? Pourquoi serait-il si important d'être marié pour avoir une relation amoureuse ou sexuelle avec quelqu'un ? Pourquoi avoir des ambitions carriéristes ? Pourquoi chercher toujours autre chose que ce qu'on a ?
Quel est le sens de cette mascarade, qui se déroule jour après jour ?
Et finalement, à qui profite le crime ?

Meursault n'est pas jugé pour un meurtre, car après tout, qui se soucie de la mort d'un arabe, tué par un blanc sans histoire ? Le manque criant d'importance de ce personnage est en lui-même, d'ailleurs, une dénonciation du peu de cas qui est fait de la vie humaine dans l'Algérie de l'époque. Meursault est jugé car il est une question posé perpétuellement à ceux qui l'entourent, à ceux qui l'écoutent. Une question que les systèmes en place ne peuvent se permettre de voir posée en permanence, car ils ne sauraient se maintenir si elle finissait par se poser pour tous.
Meursault ne donne qu'un diagnostic : la vie telle que nous la vivons est absurde. Camus donnera ensuite, dans le cycle de la révolte (qui contient par exemple*La Peste*), une réponse à ces questions. Il ne faut donc rien attendre de plus de ce roman, pas de réponse claire, pas de diagnostic évident. C'est à chacun de nous de comprendre, avec l'aide de ces questions que nous pose silencieusement Meusault. C'est là le tour de force de Camus, qui, sous des airs de neutralité, presque d'ennui, produit une charge sans précédent contre les évidences.

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