« Qu’est-ce que tu lis ?
– Un truc sur l’écorchement.
– L’égorgement ?
– Non, l’écorchement. Le fait d’enlever la peau de quelqu’un.
– Ah… C’est chelou. »
Voilà, l’égorgement ça passerait, mais on bute sur l’écorchement, qui reste donc certainement l’un des trois derniers scandales de notre siècle, avec la pédophilie et la chaleur en été. Sans rire, si le seul film à proposer une scène d’écorchement que j’aie vu (1) – d’après mes souvenirs et hors cartoons – a passé la censure à peu près aussi confortablement que Teddy Riner enfilerait une ballerine de taille 36, ce n’est sans doute pas un hasard. Bref.
Ce premier tome de l’Écorchement : Limite et Transgression commence par analyser le mythe de Marsyas, principalement en s’appuyant sur les représentations picturales archétypales de son dépiautage (3) – on regrettera à ce propos qu’aucune des images étudiées ne soit reproduite. Puis le propos s’élargit à l’anthropologie, via la mythologie comparée : les Incas, les Hittites font l’objet des analyses de Christine Bergé.
Comme l’indique la présence, dans son catalogue, de titres tels que Pensionnats sadiques, Douces fessées, plaisantes caresses ou encore Esthétique de l’éjaculation, principalement écrits par des universitaires, la collection « Borderline » des – sympathiques – éditions du Murmure s’est fait une spécialité d’aborder sérieusement des sujets négligés et / ou trash – à ce stade, ça me paraît abusif de parler de pop culture.
Ce volume n’échappe pas à la règle, et certains paragraphes ne dépareraient pas dans une thèse : c’est-à-dire que le propos est généralement pointu, sans que tous les éléments nécessaires à sa compréhension par un lecteur profane aient été exposés en amont. Par ailleurs, s’il y a très peu de jargon dans l’Écorchement, le style tend parfois à jouer au jeu du je fais tenir le maximum d’informations en un minimum de place, ou à tâtonner vers une étrange poésie («  Le satyre enveloppait les êtres d’une fourrure soyeuse de sonorités ; Apollon lui arrache le fourreau dans lequel il était étroitement moulé, le réduisant à la déliquescence fatale et au flux des larmes », p. 11)...
L’Écorchement se laisse lire pourtant, et se laisserait sans doute plus volontiers relire avec plus de connaissances.


(1) Martyrs, de Pascal Laugier.
(2) Jetez un œil à wikipédia si vous croyez que Marsyas joue arrière droit au Panathinaikos.
(3) Et si vous pensez que dépiautage n’existe pas, v’nez donc dans l’Auxois dépiauter des r’nârds !

Alcofribas
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le 3 sept. 2017

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