Seul le suicide est courageux

Avis sur La Condition humaine

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L'âme de Shangaï veut vivre, mais nous nous suicidâmes ! Nous nous suicidons. Et nous suiciderons.

Un simple roman pour définir la complexité de la lutte via les individualités. Voici le combat de l'auteur.
Malraux, ce mythomane d'insecte, fervent militant antifasciste comme tant d'autres dans cette fourmilière qu'est l'Europe des flammes dans les années 30. Curieuse antinomie de savoir que le thème principal de la condition humaine reste la solitude.

Habitée par les affres de la révolution et par la déviance humaine, l’œuvre, noire et marginale par moment, se découpe en 7 parties. Malraux prend soin de distiller l'action par des points de vue différents, par la myopie et/ou la presbytie des personnages. Un rythme irrégulier, trop vif quand les personnages se meurent dans la solitude du dernier souffle, acculés par le regard de la faucheuse ; trop agonisant pour exprimer les débats de la vie et de l'éternel. À la fois cassant et entraînant, on râle puis nous jubilons.
Des personnages à l'image de Malraux, l'homme aux mille histoires. Des vraies, des fausses.

L'insurrection de Shangaï en 1927 est une histoire de testicules chez l'auteur. Que des hommes chez Malraux. Tchen, Kyo, Katow, Gisors, etc.
Les femmes, sans visage, qui ne s'envisagent même pas, sont les miroirs de l'homme (avec un très petit "h", petit en tout). May, l'être chair, seule personnage féminin, concubine par idiotie, nous éclaire le fond de l'insondable Kyo. C'est elle, encore une fois, qui fera la même chose pour l'Homme (avec un grand "H", mais pas très grand). Dresser le bilan. Avec espoir, là où Gisors le peint avec désespoir. "Le bonheur ne va qu'aux femmes, c'est la sagesse qui va aux hommes". N'est-ce pas André ?

Le personnage le plus malrussien : Tchen. Alors que son ardeur est froidement rendu tiède par le rouge du mort en train de sourdre dès le début de l'histoire, c'est lui qui se soulève contre la gravité du monde comme de la fumée. Enivré voir saoul dans ce brouillard de croyance. L'odeur du sang, la mitraille, le meurtre, cette nature de l'homme le porte. Empruntant le chemin de la violence aléatoire et de la mort au hasard. Il parle pour se faire comprendre mais cherche à provoquer l'incompris. Esseulé à en survivre. Fanatique à en crever. Il mourra seul pour la collectivité sous un ciel constellé de cadavres. Faiblement, il brûlera d'un feu intense face au doux regard du néant, quand son espoir et son abandon se télescoperont : "il avait sombré dans un globe éblouissant". Son état extatique, mise en relief par cet oxymore, qui souligne entre les lignes l'ambivalence de Tchen résonne en moi, encore maintenant. "Mourir est passivité mais se tuer est acte", voilà la pensée de Malraux !
Les autres ont chacun leur trajectoire, fracturées par moment, qui rentrent en collision de toutes façons. Je repense à la terrible séquence du préau, où le sifflement d'une locomotive symbolisent les êtres carbonisés vifs dans son foyer... À lire !

Coercition des idées, concession par pragmatisme, le hasard, la mort. Malraux se montre ici. Pulvérisé par la vie et sa fatalité.
Dilatation de la pensée et de la résignation, il intellectualise le déraisonnable… Oui ! Les lambeaux de peau comme armure pour s'aventurer dans ce labyrinthe du complexe ! Superbe fuite en avant par la solitude ! Rien de tel que la mort pour éclipser la vie ! C'est sous ce soleil noir que Malraux nous dépeint l'homme qui veut vivre jusqu'à mourir, perdu, dans ce Shangaï mort mais qui grouille de cadavres animés ! Chang Kaï-chek est un fossoyeur. Qu'il creuse des tombes, le mort est l'Homme. Que le communisme lutte pour une condition digne, ils vont pourrir aussi, avec les mains sales, dans une imposture unique. Que la stabilité capitaliste persiste, l'inégalité s'efface quand on meurt.

Aimons l'homme pour sa violence, mais je souhaite que l'Homme meurent par sa violence. Seul le suicide est courageux.

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