Fabrice Amédéo : la piste de l'incompétence
Il était une fois, un homme "diplômé de philosophie et de Sciences-Po Paris", journaliste au Figaro. Avec une telle formation, il doit bien traiter de la politique, de la faim dans le monde, des conflits qui ont lieu un peu partout, d'éducation peut-être ? Eh non. Fabrice Amédéo a deux passions : la voile, et casser du sucre sur le dos de trois "symboles" français : Air France, Airbus, et la SNCF. Et c'est la compagnie au code-barre tricolore et l'avionneur européen qui en feront les frais dans ce livre.
La catastrophe est annoncée dès la couverture : un A340 qui disparait dans les nuages, et ce titre tout en majuscules : "LA FACE CACHÉE D'AIR FRANCE".
Ça y est, vous avez déjà des frissons qui vous traversent, le coeur qui bat, eh c'était quoi ce bruit, nan sérieux déconne pas là, mamaaaannn !!! Bon au cas où ça aurait raté, une petite campagne médiatique a été organisée pour annoncer la sortie du livre. Enfin petite, on se comprend, entre journalistes on se serre les coudes ! La quasi-totalité des journaux, radios, a donc consacré au moins un article ou une chronique à ce livre, dans lequel on vous promet secrets révélés et autres trésors, c'est bien connu le grand complot mondial n'est jamais loin.
L'intérieur maintenant. Lots clés du livre : AF447, Airbus, A330-A340, Pitot, X-65, BEA, SNPL, Alter, Colin, Securvol, Quantas (oui oui, écrit comme ça), Habsheim.
Exemple de phrase mémorable (non exacte, mais dans l'idée) : "Avant le crash d'AF447, Air France avait les mêmes stats de sécurité que ses concurrentes. Après le crash, elles ont empiré". "British Airways aussi a eu un crash. [...] Le Boeing 777 s'est posé 300m avant la piste, et a glissé sur l'herbe. Un train d'atterrissage et une aile ont été détruits". Cherchez "British Airways 38", glisser sur l'herbe n'est pas exactement le terme exact (l'avion a été déclaré irrécupérable)
La phraséologie est rudement bien foutue pour aller faire croire au lecteur que ce qu'écrit Amedeo est vachement bien : des remises en question bien placées ("relativisons, sur ces 5 incidents, deux seulements sont imputables à AF". Mais tu m'as quand même cité les 5 coco. "Securvol étant français, il est facile de dire qu'il est probablement plus sévère envers AF". C'est pas rien de le dire.) (Pour info, securvol est un site qui donne un classement de la sécurité des compagnies aériennes, ce classement est probablement le plus subjectif qui puisse exister), des anectodes marrantes mais dont on a aucune preuve qu'elles aient vraiment eu lieu et/ou qui n'ont rien à faire là mais qui allègent le propos ("La poubelle orange, au moins elle est pleine". Un pilote easyJet à un pilote AF qui lui reprochait de taxi trop lentement), des termes pour noyer le lecteur (les termes un chouïa technique ont tous un renvoi "voir glossaire", par contre les messages ACARS ou la retranscription exacte des conversations radio en VO sont directement en bas de page).
Bref, c'est creux, tente de montrer à peu près tout et n'importe quoi en se basant soit sur des choses qu'on sait déjà dûment exploitées pour en sortir n'importe quoi, soit sur des suppositions bidon ("c'est quelqu'un qui m'a dit" ©).
Finalement, ce livre reprend donc tous les ingrédients de ce qui se passe après un accident aérien : bizarrement, tous les journalistes semblent redécouvrir qu'il y a de banals incidents tous les jours, et en profitent pour faire peur aux lecteurs. Bah oui, faire peur, ça fait vendre.
Lisez ce livre si vous connaissez un peu le domaine et que vous voulez vous marrer un coup, passez votre chemin sinon.
Le titre de la critique ? Oh c'est juste une référence à mon article préféré de lui : "AF447 : la piste du trou noir de l'Atlantique". Oui, il était sérieux...