[...] Mais, tout de même… Donner de l’instruction aux filles ?

Difficile de ne pas répondre à l'invitation de Bina Shah de visiter son pays, le Pakistan, ou plus exactement sa région natale : le Sindh, la vallée et le delta de l'Indus, la région sud du Pakistan, frontalière du Rajahstan indien et du désert de Thar. C'est là que se trouve Karachi et ses 20 millions d'habitants, la plus grande ville du monde musulman.
Le Pakistan est un pays que l'on connait bien mal et dont la seule réputation chez nous est celle des attentats à répétition ou des compromissions d'un régime corrompu avec des extrémismes de tout bord, à commencer par les talibans de l'Afghanistan voisin.
Bina Shah est femme et journaliste et son roman entreprend résolument de nous faire découvrir sa région et son pays en mêlant la période actuelle et les origines géopolitiques de la partition coloniale de la région lorsque, en 1947, les britanniques décidèrent de tracer des frontières sur les cartes, obligeant des millions de personnes à des exodes croisés en fonction de leurs convictions religieuses.

La période contemporaine se situe en 2007 lorsque Benazir Bhutto, La huitième reine, revient de son exil pour mener campagne et reconquérir le pouvoir.
Le personnage principal, Ali Sikandar, est journaliste lui-même : désabusé quant à son propre avenir et à celui de son pays, il ne songe qu'à partir aux États-Unis. Sa famille lui pèse lourdement et sa petite amie est ... hindoue, encore une voie qui s'annonce sans issue.
Et voilà notre pauvre Ali chargé par son journal de couvrir le retour de Benazir Bhutto, l'idole de son père qu'il s'efforce de renier : un ancien propriétaire terrien, un 'féodal' détesté qui soutenait ardemment Benazir Bhutto et son clan.
La plume vive, mordante, ironique et moderne de Bina Shah fait le reste et tout cela nous donne un éclairage décalé sur le Pakistan d'hier et d'aujourd'hui. Elle aime manifestement son pays mais regrette profondément ce qui en a été fait.
Même le portrait de l'idole du pays (dame Bhutto, la huitième reine) n'est pas tendre et la corruption qui a entaché son règne est évoquée sans détours.
Sans avoir à braver les risques d'attentats, du fond de notre fauteuil, on apprend donc beaucoup de choses sur ce Pakistan méconnu et notamment sur ces 'féodaux', cette caste de riches propriétaires terriens (dont le clan Bhutto est issu) dont les colons britanniques assurèrent la pérennité en échange de leur soutien.
Pour celles et ceux qui aiment la géopolitique.

BMR
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le 7 mars 2016

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Bruno Menetrier

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