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La Montagne magique

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Critique publiée par le (modifiée le )

J'ai abordé la Montagne magique après avoir été émerveillé par la Mort à Venise. Malgré les mille et quelques pages, je l'ai abordé sereinement et dois avouer avoir immédiatement été absorbé par l'atmosphère si particulière de ce livre. Joachim attend son cousin Hans à la gare (son cousin par alliance). Ce dernier vient lui rendre visite au sanatorium de Davos (le Berghof) où il est soigné depuis déjà 5 mois. Hans se propose de rester trois semaines, séjour qu'il juge d'une longueur confortable. Mais bien vite il se rend compte que le temps, chez ceux « d'en haut » n'est pas perçu de la même manière que dans « la plaine ». Il ne s'écoule ni plus vite, ni plus lentement, mais ne semble plus rythmer la vie des pensionnaires. Joachim prévient son cousin : la plus petite unité de temps en vigueur au sanatorium est le mois. Le mois, car c'est ce délai qui sépare deux visites médicales de contrôles, deux bilans de santé. La durée de la visite de Hans doit donc être inférieure à cette première graduation : autant dire que son séjour n'aura même pas le temps de devenir une anecdote pour les malades. D'ailleurs, personne ne lui prête vraiment attention. Il paraît transparent.
Mais, rapidement, Hans Castorp se sent fragilisé. Il a chaud malgré la fraicheur de l'altitude, il tousse. Son mal empire au fil des jours, à tel point que peu de temps avant son départ, il demande à être reçu en consultation. Là, le verdict tombe : tuberculose. De simple visiteur, le voici promu résident. Dès lors, l'attitude à son égard change : les médecins le voit, le traite non plus de haut mais en ami, il s'intègre à la petite communauté oisive.
Oisive... C'est pour moi l'adjectif qui qualifie le mieux la vie « en haut ». Les pensionnaires ne font rien. Ils mangent (5 services haut de gamme chaque jour), ils se reposent, dorment et, pour le mieux portant, errent autours de l'établissement. Parfois ils meurent aussi. Mais toujours avec une grande discrétion pour ne jamais perturber la vie et le moral des troupes. Au fil des semaines, des mois et des examens médicaux, je n'ai pu m'empêcher de voir le sanatorium comme une assemblée de riches désœuvrés peu pressés de retourner à la vie active, « en bas ». Joachim, militaire de carrière, fait exception. Il semble le seul à mettre tout en œuvre pour guérir le plus rapidement possible et partir honorer son uniforme. Pour lui, le temps passe lentement, il s'impatiente, s'énerve et fomente des projets d'évasion. Hans, au contraire, se trouve très bien. Il nous confie à plusieurs reprises que travailler le fatigue et l'ennuie. Il fait tout pour convaincre son cousin de rester, de se montrer patient. Quitter le Berghof avant sa complète guérison serait en effet une grave erreur. Une erreur qui l'obligerait à prendre une décision : emboiter le pas de Joachim et s'arracher à cette torpeur indolente qui annihile toute volonté de réagir ou demeurer sur place, hors du temps sous couvert de la cure nécessaire à son rétablissement. Et prendre une décision, Hans Castorp n'aime visiblement pas cela !
Je n'ai pu également m'empêcher de voir les deux médecins, Bérens et son assistant Krokovski, comme une association de malfaiteurs, gourous d'une secte très lucrative soucieuse de garder des pensionnaires solvables payant une fortune un confort parfois rudimentaire (le chauffage central n'est mis en route que par temps de neige).
Envoutant. Mais j'ai trouvé ce livre longuet sur la fin. Les sempiternelles polémiques qui éclataient régulièrement entre l'italien Settembrini et le jésuite Naphta finissaient par m'horripiler. J'ai d'ailleurs sauté de nombreux paragraphes durant les 200 dernières pages. Un peu longuet : mais n'était-ce pas voulu par Thomas Mann qui a fait de ce livre un essai sur le temps qui passe et les différentes manières de le percevoir ?

"Un jeune homme, Hans Castorp, se rend de Hambourg, sa ville natale, à Davos, en Suisse, pour passer trois semaines auprès de son cousin en traitement dans un sanatorium. Pris dans l'engrenage étrange de la vie des "gens de là-haut" et subissant l'atmosphère envoûtante du sanatorium, Hans y séjournera sept ans, jusqu'au jour où la Grande Guerre, l'exorcisant, va le précipiter sur les champs de bataille."

La quatrième de couverture est à la fois un juste résumé et un raccourci des plus rapides. Juste, car, au final, il ne se passe presque rien : ce n'est qu'une litanie de repas, de repos, de soins et de discussions sans fin. Mais un raccourci, car il est pour moi impossible de résumer ce livre dont la langueur nous gagne progressivement.

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