Un chef-d'œuvre qu'il me paraît impossible à résumer. Un récit dense, surréaliste où deux mondes s'entremêlent étroitement. Le jeune Kafka Tamura (le nom est authentique, mais il s'agit d'un prénom qu'il s'est choisi lui-même : une seconde naissance au moment de sa fugue) quitte le domicile parental à l'âge de 15 ans où il vivait seul avec son père. Sa mère est partie onze ans plus tôt emmenant avec elle la sœur aînée de Kafka.

Kafka quitte tout (la vaste maison familiale, son père avec lequel il ne s'entend pas, son collège, sa ville dans la banlieue de Tokyo) pour échapper à une terrible prédiction prononcée par son père : tel Œdipe, il doit tuer son père et coucher avec sa mère et sa sœur. Direction l'Ouest. Après quelques errances, il trouve refuge dans une bibliothèque privée (Komura) dans la ville de Takamatsu sur l'île de Shikoku.

La seconde partie du livre présente le parcours de Nakata, un vieil homme amnésique, pas très intelligent, qui possède le don de parler et de comprendre le langage des chats. Après avoir commis un assassinat, il part à son tour sur les routes du Japon. Au gré de ses pérégrinations durant lesquelles il provoque une pluie de sardine et de maquereau et une autre de sangsues, il aboutit lui aussi dans la ville de Takamatsu, rejoignant ainsi Kafka dont il est une sorte de miroir.

Un livre magique, envoutant dans lequel se mêle réalité, rêves, imaginaire, métaphores... Un livre dans lequel Murakami et son imagination sans borne parviennent à nous embarquer dans un délire ahurissant sans jamais nous choquer, sans jamais nous perdre : où même plus extravagant devient plausible, réaliste. Même si, à la fin, le mystère demeure en grande partie intacte : sur quel monde ouvrait la « pierre de l'entrée » ? Est-ce dans ce monde (parallèle ?) que se sont perdus les enfants en 1944 (groupe dont faisait partie le jeune Nakata qui revint si différent de ce « côté-ci ») ? Qui était réellement mademoiselle Saeki ? Kafka a-t-il tué son père ? Réellement ou symboliquement ? Ou pas du tout ? Haruki Murakami distille des indices ici et là. Indices que le lecteur devra trouver. Et interpréter à sa manière. Si bien que je ne suis pas certain que deux lecteurs différents lisent en fin de compte le même Kafka sur le Rivage.

Un récit haletant, bourré de dialogues. Un récit qui va vite, qui se lit vite et qui happe le lecteur corps et âme. Un bouquin qu'il est chaque fois douloureux de poser tant le besoin de connaître la suite est impérieux. Un bouquin dont on pourrait parler des heures sans en faire complètement le tour. Un bouquin qui mériterait plusieurs lectures.

Une lecture qui fera date et pour laquelle il existe un « avant » et un « après ». Superbe !
BibliOrnitho
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Le 19 juin 2012

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8 commentaires

Kafka sur le rivage
Rozbaum
9

Critique de Kafka sur le rivage par Rozbaum

Si on peut reprocher à Kafka sur le rivage le peu de relief de ses personnages, son apport culturel assez fade, ses réflexions un peu simplistes et sa cohérence douteuse, il serait idiot de lui...

il y a 11 ans

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Kafka sur le rivage
Socinien
5

Sardine en boite

Murakami, c'est un peu comme le genre musical de l'easy listening, on écoute sans vraiment préter attention aux paroles et à la mélodie. Kafka sur le rivage, c'est facile à lire, les chapitres sont...

il y a 12 ans

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Critique de Kafka sur le rivage par BibliOrnitho

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il y a 10 ans

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Une enfant est affalée sur la banquette arrière d'une voiture, des bagages en tout sens : la famille de Chihiro déménage et arrive dans son nouveau quartier. Mais papa tourne un tout petit peu trop...

il y a 9 ans

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il y a 9 ans

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BibliOrnitho
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il y a 10 ans

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