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Avis sur La Zone du dehors

Avatar Ellana_baldr
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Depuis le temps que Damasio me fait de l'oeil, je ne regrette nullement d'avoir succombé à sa tentation et d'avoir dévoré ce roman de Science-Fiction mélangeant critiques politique, sociétale, technologique. Il joue avec brio sur la sonorité, les accords des mots et les différentes façons de les prononcer, composant ainsi pour notre plus grand plaisir une véritable partition linguistique.
Alain Damasio nous fait nous questionner sur notre société actuelle et son rapport vis à vis du pouvoir et des technologies de plus en plus élaborées. Via cette dystopie il nous décrit un système ultra-sécuritaire et surveillé, un univers où « les machines veillent sur les machines, les machines veillent sur les hommes, les hommes les surveillent et pire, les hommes se surveillent chacun à chacun. C'est tout juste si les futurs arbres en plastique ne surveillent pas l'herbe qui pousse. », Big Brother version 2.0, 1984 mis à jour.
Mais loin de ne faire que critiquer, ce roman nous offre également la possibilité, et nous incite même, à réfléchir « réfléchir, c'est fléchir deux fois » sur nous, nos modes de comportement et de vie au travers les points de vues de sept narrateurs avec diverses convictions, peurs, doutes, désirs, aspirations, colères et façons de penser.

Nous sommes donc en 2084, sur un satellite imaginaire de Saturne, plus précisément dans la ville de Cerclon, « coquette prison construite au compas, lisse et aplanie, aux tours sans opacités (…), aux avenues sans ombre, blanches de la peur des angles morts. ». C'est en ce lieu que se déroule toute l'intrigue, le reste étant la « Zone du Dehors », zone inhabitée et inhabitable, inconnue et interdite.
Nous avons le loisir de suivre la vie passive des habitants, mous et soumis qui acceptent de subir tous les deux ans le Clastre, examen leur attribuant une note selon des « normes » d'efficacité au travail et comportementaux. Selon la note obtenue, un nom est donné, définissant la place dans la société : uni/bi/tri/quadri et cinq lettrés : A est ainsi le président de Cerlcon tandis que QZWCA est un « mauvais » modèle. Le Clastre est donc, ainsi que le résume l'auteur, « la réponse capitaliste à « qu'est-ce que je vaux », c'est un déchiffrage de soi, une place dans l'ordre social : la fonction définit l'être, mieux que sa personnalité. ».
Cependant, au sein de ce troupeau de moutons, se crée un groupe, la Volte, dont les actions sont orientées par cinq individus (Captp, Kamio, Slift, Brihx) qui cherche à s'opposer et à se rebeller face à ce gouvernement totalitaire. Pour faire valoir leurs droits et leur liberté, ils risquent tout, prêts à tout, « perdant beaucoup et gagnant tout ».

"La liberté, elle est pour moi ce dehors, intérieur à chacun de nous, dont ceux qui nous gèrent voudraient tant faire une Zone. Ou mieux :une norme. Sachons nous ouvrir pour agrandir cette poche, qui est poumon - et vent pulsif. Osons même, parfois, élargir la cicatrice et refuser le cocon consumériste, les consolations et les soins. Parce que ça fait mal, d'être libre." A. Damasio, postface de la deuxième édition.

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