Visionnaire, mais... pas trop.

Avis sur Le capitalisme de la séduction

Avatar StoneOfChaos
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Clouscard, c'est un gars de gauche, mais celle d'il y a longtemps, à une époque où l'intérêt du prolétariat prévalait avant tout. Du coup, bien plus que la social-démocratie, on retrouve dans ce livre une critique du libéralisme sociétal, et des connivences qui peuvent opérer entre capitalisme et libération des mœurs. Ou plutôt, plus que des consommateurs libres, le capitalisme désire des consommateurs libres de consommer... autant qu'ils le veulent, ayant pour seul limite leur désir.

Les réflexions de Clouscard ne sont pas parfaites, et il fait beaucoup de généralités : son arrogance peut parfois rendre l'ouvrage légèrement pénible à lire. Certaines de ses thèses sont relativement caduques aujourd'hui, mais après tout, n'importe quel penseur est le produit de son époque.

Ainsi, Clouscard décortique notre société, la société de consommation, et en sort des traditions, des rites, qui nous sont inculqués comme des réflexes dès notre plus jeune âge, afin de nous dresser en parfaits petits consommateurs. Nos traditions, nos histoires, nos vieux tabous, tout est (selon lui) aboli au fur et à mesure afin de créer une génération d'individus consommateurs génériques, tous réglés comme du papier à musique alors que nous pensons nous libérer. Notre propre désir est en réalité réglé d'avance, dès l'enfance : je veux ci, je veux ça, et je le veux maintenant, tout de suite, sans conditions, et naturellement, un enfant consommateur a de bonnes chances d'évoluer en adulte consommateur, avec une mentalité semblable.
Les idéologies progressistes et libertaires ne viendraient donc pas réellement de la conscience de jeunes rebellés de leur propre chef, mais seraient tout simplement la conséquence et la volonté d'un capitalisme cherchant à pousser au maximum le vice de nos caprices personnels.
Comme source de ces idéologies, Clouscard pointe du doigt le plan Marshall, qui a importé la mentalité américaine de la consommation sans limite et à outrance, du plaisir sans effort par quelques gestes simples (je crois qu'il prend le flipper comme exemple, mais il est vrai que le jeu vidéo moderne pourrait aussi convenir si on devait réactualiser son analyse), du désir personnel avant tout, une mentalité qui s'imprime bien évidemment dans les milieux mondains, les milieux bourgeois, ce qui fait sens avec une analyse marxiste. Les modes rebelles comme le rock et les cheveux longs ne seraient que des modes imposées par une oligarchie marchande, et en réalité bien loin de représenter la liberté.

Bon, en tant que joueur... intensif de jeux-vidéos, j'avoue avoir senti en prendre pour mon grade. Mais ce livre est vraiment très intéressant. Bien que toutes les analyses de Clouscard ne soient pas pertinentes, il pointe du doigt comment le capitalisme nous éduque pour chercher un plaisir immédiat, rituel, et surtout facile.
Et il pointe aussi du doigt comment, la gauche, à force de chercher la liberté de jouir de ce que l'on veut, finit par donner à la droite financière le droit et la légitimité d'exploiter qui ils veulent, avec leur propre gré, en endoctrinant des générations entières à une consommation sans limite, parce qu'après tout... comme le dit l'adage 68tard.... Il est interdit d'interdire. Et il est surtout interdit de consommer.

Ce livre fait réellement réfléchir sur les valeurs libertaires. Comme nous sommes devenus des capricieux cherchant le plaisir, la facilité et la rapidité avant tout, alors tout s'explique. Les relations de plus en plus courtes. Les sites de rencontre. Les partenaires amoureux, comme des employés, deviennent jetables, et sont jetés dès qu'on a fini de les utiliser. Quand on ne va pas bien, on s'achète un truc qui nous fait plaisir. On ne cherche plus rien, en fait, excepté se faire plaisir. Pas de but supérieur ou transcendant, ce qui explique peut-être en partie le désintérêt global des gens pour la politique.
Mais en réalité, et l'analyse de Clouscard tombe un peu à l'eau à ce niveau-là selon moi (je ne suis point un penseur, néanmoins, et cette petite critique se veut sommaire.), c'est qu'il dénonce à quel point tout est facile, grâce à la technologie. Mais la technologie n'a t-elle pas rendu les choses plus faciles pour les travailleurs depuis des siècles ? Et, d'ailleurs, l'humanité ne s'adonne t-elle pas à des plaisirs oisifs depuis le début ?

Bref, ce livre est parfois brouillon, hautain, arrogant, pompeux et commence à dater, mais il est à lire si vous en avez l'occasion. Il offre une vue intéressante sur nos sociétés occidentales et américanisées.

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