Le monde change. Les jolis dimanches de mai, juin et septembre sont désormais consacrés aux vide-greniers. Quoi de plus sympathique que ce sympathique déballage qui anime les rues du quartier, favorise les rencontres, l’économie circulaire et le vivre-ensemble ?


Qu’est-ce qu’un vide-grenier ? C’est une festivité communale. Les édiles se doivent d’égayer leurs électeurs. Ils ont lu et médité Philippe Muray et prennent soin de leurs homo festivus (1). Chaque faubourg organise le sien. Je vis dans un quartier pavillonnaire périurbain à la natalité florissante. Le vide-grenier permet à mes voisins de débarrasser les chambres de leurs enfants. Il est touchant de voir les papas sortir les stables de jardin, les mamans les piles de linge classées par taille et les gamins leurs jouets périmés. La négociation est toujours possible, tout doit disparaître. Les professionnels de la brocante et les importateurs d’artisanat exotique ne s’y trompent pas, ils ne se déplacent plus, les prix sont trop bas. De fait, les (petits) bourgeois vendent leurs produits usagés aux habitants des cités proches. Les plus pauvres s’équipent pour l’année à venir et empilent leurs emplettes dans des landaus vides. L’économie locale n’est pas circulaire mais centripète.


Ces festivités municipales sont de création récente. De mon temps, un temps épargné par l’obsolescence programmée, les objets vivaient plus longtemps. Le recyclage était une affaire de professionnels aux noms surannés : antiquaires, brocanteurs, bouquinistes, philatélistes, rempailleurs, fripiers, chiffonniers, rétameurs, ferrailleurs et autres fourgues et receleurs, pour la part illicite. Simenon a consacré plusieurs livres à cet univers parallèle. Cette économie prospérait cachée. J’imagine que ce second marché vivait des décès, divorces et autres changements de vie. Le brocanteur le plus proche vidait la maison. Il triait le bon grain de l’ivraie, comprenez le vendable de la drouille, puis le cédait aux spécialistes qui triaient à leur tour. À eux d’identifier la perle rare qui ferait la joie d’un collectionneur, les jolies pièces destinées aux salles de vente, le tout-venant finissant aux puces. C’est fini. Les objets ne durent plus et le bourgeois ne donne plus mais vend en direct sur le Bon Coin ou dans sa rue. Internet a tué les intermédiaires. Le monde a changé.


(1) Sociologie : Être humain, en tant qu’espèce arrivée à un stade de son histoire où il pense principalement à fêter, à se divertir

SBoisse
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le 15 oct. 2018

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Step de Boisse

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