Dans l'ensemble j'ai beaucoup aimé, même si le style est moins impressionnant que dans ses précédents ouvrages et contient moins de phrases "accrocheuses", par leur beauté ou leur violence. Il y est question d'une femme (sans aucun doute l'auteur, qui excelle dans l'art de l'autofiction) qui vient de se faire quitter et qui va transformer cette rupture en roman, guidée par ce "monstre textuel" qui la malmène et la protège en même temps.
Dans ce court roman, Claire Castillon décortique de façon souvent fascinante le processus d'écriture, ce procédé à la fois vampirique et salvateur qui permet à l'écrivain de se nourrir de la réalité pour mieux pouvoir l'appréhender, la digérer, lui survivre. Elle met à plat dans une mise en abîme radicale et frontale sa méthode de travail, obsessionnelle, viscérale, organique, et fait rentrer le lecteur au plus profond de son activité créatrice, sans jamais s'épargner.
Assez proche du Lacrimosa de Régis Jauffret sorti en 2008 (dialogue permanent entre l'auteur et une voix venue d'ailleurs qui ne lui laisse rien passer, travail et interrogation sur la question de la retranscription de la réalité, multiplicité des versions et des angles de vue, difficulté à gérer la douleur, objet réfléxif, brutal et impudique sur le processus d'écriture, figure de l'écrivain malmenée), Les cris n'est pas mon roman préféré de Claire Castillon, mais il a souvent su trouver un écho très personnel en moi.