D'abord séduit par le postulat initial, audacieux et bien formulé, j'ai malheureusement trouvé trop peu de "fond" à cette critique. Si le livre est intelligent et donne à réfléchir, son entreprise semble vouée à l'échec : expliquer pourquoi et comment le langage conceptuel ne reflète pas le sens et le sentiment communs, pour la raison que ce langage conceptuel a été dévoyé par les intellectuels des dernières décennies. Entreprise de faussaire, leurs mots n'aurait plus de valeur car il ne signifierait plus, ne désignerait plus des "choses". Quelles sont ces choses ? Celles de l'opinion commune et du bon sens ? Mais dans ce cas, sa thèse est d'une telle évidence ! Les langages techniques se spécialisent et se dotent de concepts. D'accord, certains vont trop loin. D'accord, cela éloigne de la pensée ordinaire. Mais de là à retourner le langage contre ces édifices intellectuels et espérer en abattre les fondations ? L'hypothèse et la formule méritent d'être retenue pour répondre aux discours creux des politiciens. C'est en revanche un désastre quand l'auteur s'attaque aux sciences humaines... En fin de lecture, on se demande s'il n'y a pas eu beaucoup de mots pour rien (et encore, le livre est court !), et s'il ne s'agit pas tout simplement d'une attaque en règle contre l'abstraction langagière à laquelle conduit la spéculation, scientifique et philosophique. Un livre un peu aigri.