C'est en furetant dans la base de données de la BNF (Gallica) que je suis tombé par le plus heureux des hasards sur un ouvrage d'Alfred Delvau dont je n'avais jamais entendu parler. J'ai commencé à en lire en ligne une page, puis une autre et encore une autre... J'étais pour le moins intrigué par le ton très vif, le dynamisme et la sensibilité de son style, a priori léger mais plus profond en réalité. J'ai téléchargé illico le livre.


A ce propos, je vous conseille l'application Gallica qui nous permet de trouver ce genre de pépites, sans avoir à débourser un seul centime. Vive la France et sa généreuse bibliothèque numérique ! Si vous aimez les vieux bouquins, téléchargez en pdf et votre smartphone vous ressortira l'ouvrage sous son format originel antique. Ça ne vaut pas la caresse du bon vieux livre avec son papier jauni qui sent l'étagère et la poussière, m'enfin, c'est toujours ça de lu.


Revenons à notre ami Alfred. Nous avons le bonjour d'un auteur intéressant. Oublié, je crois. Sans doute parce que ce sur quoi il fonde son œuvre n'est pas d'une importance capitale en apparence. Le monsieur est un contemplatif, journaliste de profession. Il se regarde regardant le monde qui l'entoure et Paris l'obnubile. Un Paris qui se meurt. Aujourd'hui disparu mais à l'époque déjà en voie d'extinction. Je comprends que cela puisse paraître léger ou anodin, en tout cas pas véritablement prioritaire en terme historique ou littéraire.


Pourtant, son style mérite qu'on lui pose encore un regard et qu'il reste à la postérité. Certes, Delvau n'est pas Hugo, mais il a des lettres et des goûts, surtout un enthousiasme qui en font un agréable narrateur. Son style est plutôt moderne tout en laissant percer les caractéristiques littéraires propres à son époque. Il joue sur les mots, il change de rythme avec beaucoup d'adresse. Il aime à manier un humour pince sans rire, plein de ruptures et de noirceur un peu cynique peut-être, plus sûrement mélancolique. Sa prose n'est pas sans poésie. Oui, je veux insister sur ce point qui me paraît central : Delvau se projetant avec passion dans son récit produit une forme de poésie légère et triste, inquiète et joyeuse selon les sujets ou ses états d'âme. De plus, il cite de grands auteurs à bon escient. Un type qui cite Démosthène doit être un honnête homme, non? Son panégyrique de Gérard de Nerval est passionné : son émotion y transparaît, presque attendrissante.


"Les dessous de Paris" se veut un périple dans des endroits peu visités, a priori un peu interlopes, "décalés" dirait-on de nos jours. Grâce à Delvau, on voyage par conséquent dans les cimetières, les cabarets, les quartiers populaires, les asiles de fous, les morgues ou les abattoirs. C'est une bohème qui sent encore l'Ancien-Régime et l'auteur s'y révèle à la fois nostalgique et prosateur dévoué. N'oubliez pas qu'il est journaliste : il porte un témoignage embué des souvenirs et des rimes des autres comme des siens.


Je vous le dis : ce gars là aime la langue, celle des poètes, celle de Rabelais gouailleuse, comme celle des tripots, l'argot et les belles lettres en somme. En le lisant, j'ai plongé littéralement dans le Paris du XIXe. Il se complaît à jouer au poète-philosophe sans le sou. Je crois bien que c'est un rôle, une posture romantique, mais il n'empêche, le parcours est plus que sympatoche. Il est parfois excitant, passionnant, d'une incroyable modernité et souvent émouvant.


Seul petit bémol, mais que l'on pourrait faire à d'autres écrivains de l'époque, il énumère, il gâche par moments de longues phrases-listes, comme un amoureux qui s'évertue à raconter toutes les qualités de sa belle, une à une, une récitation, une litanie, une déclaration d'amour qui n'en finit plus de détails qu'il croit cruciaux et sacrés.


Téléchargeable gratuitement à la BNF. Gallica.fr

Alligator
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le 3 sept. 2015

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