L’épigraphe liminaire de Lionel choisi par Claude Askolovitch était peut-être adressé à lui-même : « Il est incroyable que la perspective d’avoir un biographe n’ait fait renoncer personne à avoir une vie ». Emil Cioran aurait-il vu juste dans l’impossible écriture d’une biographie qui serait à même de retracer le destin d’une femme et d’un homme en un seul livre, aussi long soit-il ? Car disons-le tout de suite, le parti pris du journaliste politique Askolovitch, qui excelle autant dans la synthèse que dans l’exégèse, m’a déplu de manière constante pendant le livre. En choisissant une logique thématique et non chronologique, les bonds temporelles effleuraient souvent les petites histoires dont j’ai beaucoup appris et souvent la grand Histoire que je pensais connaître. Les répétitions, les lourdeurs, en répétant à bout de pages et notamment au début que Jospin fut troskyste puis socialiste, ou trotkyste et socialiste, peuvent éreinter celles et ceux qui ont déjà lu à propos de Jospin. Il faut cependant admettre que si on met ce trop-plein d’engagement ou de détails et si l’on est d’accord pour une biographie thématique, l’ouvrage d’Askolovitch est excellent. Le journaliste s’immisce dans la famille de Lionel comme dans sa vie amoureuse et amicale comme nul autre ne s’y était alors introduit. Tout y passe : son amitié avec Michel Lautrec, ses deux épouses, l’engagement de son frère Olivier au sein de l’OCI et ses rendez-vous secrets avec Pierre Lambert qui, par deux fois, a soutenu François Mitterrand à l’élection présidentielle. En retraçant la vie de Jospin, on se rend compte de l’immense héritage qu’il laisse derrière lui, aussi bien à la France qu’il a servi en tant que ministre puis premier ministre, à la famille socialiste dont il fut le premier secrétaire, et à la gauche en générale en étant l’homme des 35 heures, des emplois aidés et de la CMU. Que dire d’autre, à part « Merci Lionel » ? Merci Claude pour nous l’avoir raconté.