Aujourd’hui, je vais vous parler d’un recueil qui, malgré ses promesses, m’a laissé sur le bord du chemin : Longues distances de Jhumpa Lahiri, publié en 2013. Un livre qui m’a intriguée, parfois même séduite par sa forme… mais dont la lecture m’a finalement frustrée, au point que je ne peux lui accorder qu’un modeste 4,5 sur 10.
Dès les premières pages, on sent chez Lahiri une plume parfaitement maîtrisée : précise, élégante, sans jamais s’abandonner à l’excès. Les silences sont pesés, les phrases mesurées, les émotions, retenues. C’est une écriture discrète, presque effacée, qui cherche la suggestion plus que l’affirmation.
Mais c’est justement là que, pour moi, le bât blesse. Car à force de retenue, le texte finit par ne plus rien transmettre. J’ai eu le sentiment de lire des vies en sourdine, d’observer des personnages derrière une vitre, sans jamais pouvoir les atteindre. L’émotion reste tapie dans l’ombre, et l’on passe d’une histoire à l’autre comme on feuillette un album sans légende : on perçoit une beauté formelle, mais on peine à s’impliquer.
Le recueil aborde pourtant des thématiques fortes — l’exil, l’identité, le déracinement culturel — avec une subtilité qui force le respect. Mais cette subtilité tourne vite à l’uniformité. Les nouvelles, bien que soignées, m’ont semblé se ressembler : même ton, même rythme, mêmes silhouettes floues. On finit par les confondre, comme si la voix de l’autrice, trop homogène, étouffait celle de ses propres personnages.
Ajoutez à cela une lenteur constante, un refus presque systématique du conflit, et l’ensemble devient… lassant. Non pas que je cherche à tout prix du spectaculaire — mais j’attends, au minimum, une tension narrative, un souffle, quelque chose qui m’emporte. Or ici, tout semble couler avec une régularité qui finit par endormir.
Je n’ignore pas que cette écriture puisse toucher d’autres lecteurs, peut-être plus sensibles que moi à l’épure et à la contemplation. Et je reconnais sans réserve le talent de Jhumpa Lahiri, sa rigueur, sa cohérence. Mais pour ma part, je suis restée à distance. Littéralement. Et c’est sans doute ce qui me laisse, en refermant le livre, ce sentiment d’étrangeté froide, presque d’indifférence.
Alors oui, Longues distances est un recueil délicat, mais cette délicatesse, à mes yeux, tourne à l’effacement. Et c’est bien cela que je lui reproche : trop de silence, pas assez de vie.