"Books as weapons"

Avis sur Mission à Tokyo

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Voici l’avertissement imprimé en préambule de ce livre :
"Cet ouvrage est publié par Overseas Editions Inc. -association sans but lucratif instituée par le Comité des Livres en Temps de Guerre- qui se compose d'éditeurs, de bibliothécaires et de libraires.
Le seul but de Overseas Editions Inc. est de mettre à la disposition du public étranger des livres américains de date récente, jusqu'au jour où l'industrie du livre aura repris en Europe et en Asie."

En réalité, derrière ce Comité, se cache the « U.S. armed service éditions » sous la tutelle du « Psychological Warfare Branch » dont la devise est "Books as weapons", lui-même constitué de l’U.S. Army, de l’Office of War Information et de l’OSS (ancêtre de la CIA).

The Council on books in war times (Comité des livres en temps de guerre) se divise lui-même en deux.
D’abord, l’Armed Service Editions (Editions des forces armées) qui publie des livres pour les soldats américains. Ces livres vantent avant tout le patriotisme, le courage et le sens du sacrifice.
Ensuite, Overseas Editions, inc. qui publie des ouvrages destinés aux pays occupés par l’ennemi. Les choix de ces livres dépendent de la langue dans laquelle ils sont publiés. En anglais, nous trouverons des titres qui se rapprochent des éditions des forces armées, par exemple « For whoms the bells tolls » (Pour qui sonne le glas) d’Ernest Hemingway. En Français, ce seront principalement des ouvrages à la gloire de la démocratie, de l’Amérique et de ses forces armées. En allemand ou en Italien, les livres vanteront la démocratie, le bonheur de vivre aux USA et dénonceront le totalitarisme, comme "Benjamin Franklin". Les japonais jugés irréductibles ne feront pas l’objet d’éditions spécifiques.
Très peu de livres seront donc publiés dans toutes ces langues : Citizen Tom Paine (journaliste héros de la guerre d’indépendance), How América lives (Une série d’articles sur des familles américaines type, destinés à montrer l’exemple aux américains et à familiariser les habitants des pays qui voient arriver des milliers de soldats américains et leur montrer leur côté humain), … au total, 72 éditions différentes.

MISSION A TOKYO, débute par une lettre de Joseph C. Grew, alors ambassadeur des Etats-Unis à Tokyo, adressée à ses « amis japonais », parmi lesquels des ministres et des officiers généraux de l’Empire du Soleil Levant. Il s’y plaint du double langage de ses interlocuteurs officiels qui l’assurent de leurs intentions pacifiques, alors que partout, les forces armées nippones s’en prennent aux intérêts américains, au point que les chinois considèrent qu’il ne faut pas rester à côté d’une mission américaine. Avec un langage diplomatique, il fait comprendre qu’avec le bombardement de l’ambassade des Etats-Unis et du « Tutuila » (navire de guerre américain), la limite a été atteinte.
Au travers de cette lettre, nous comprenons que le gouvernement américain est parfaitement conscient depuis longtemps que la guerre est inévitable malgré toutes ses concessions et toutes les assurances d’amitié et de soutien qu’il apporte aux japonais, mais qu’il est lié par une opinion publique opposée à la guerre.
On a le sentiment aussi que cette lettre ne peut être perçue par les japonais que comme une forme de faiblesse, mais aussi qu’elle marque une limite à ce que les américains peuvent tolérer. Elle ne peut que précipiter l’inévitable. Est-ce innocent ?

Le reste du bouquin est une suite de conférences/chapitres destinés à faire comprendre aux américains la nature implacable de leurs adversaires, tout en faisant apparaître leurs contradictions. En effet, les japonais, très pauvres, qui ne croient qu’aux valeurs de sacrifice et qui méprisent les occidentaux pour leur richesse et l’amollissement qui en découle, ne rêvent que d’atteindre le même niveau de prospérité. Mais, Grew ne voit pas les contradictions américaines qui déjà, veulent imposer dans un mouvement tout impérialiste, leur modèle démocratique dans le monde. La démocratie étant pour l’auteur, principalement la liberté du commerce.

Cela fait déjà un siècle que les japonais observent l'occident. Ils n'en ont conçu que du mépris. Lors de leur guerre avec l'empire russe, celui-ci a cédé des territoires et signé l'armistice après la destruction de leur flotte, sans même avoir étés envahis. Une telle faiblesse est incompréhensible pour les japonais.
Ils ont aussi participé à la première guerre mondiale aux côtés des alliés et ont étés très surpris de voir l'Allemagne demander l'armistice avant que les alliés ne pénètrent sur son sol.
Ils ont envahi les territoires sous domination britannique et française en Asie sans réaction de leur part. Les français sont occupés par les allemands, quand aux britanniques, la guerre en Europe les monopolise entièrement.
Ils sont convaincus que les Etats-Unis cèderont sans être envahis s'ils sont vaincus dans le Pacifique. Le Japon pourra alors dominer l'Asie et le Pacifique.
Ils pourront ensuite voir plus grand.

Si ce livre est avant tout, un acte de propagande, destiné à mobiliser les populations occidentales contre un adversaire dont ils méconnaissent les capacités et la volonté, il est aussi bien informé par un homme qui connait bien le Japon de l’époque, très différent (en apparence) de ce qu’il est aujourd’hui. On peut douter de certaines affirmations, comme l’assurance qu’a Grew que le clan militariste dénature la culture japonaise en manipulant l’opinion à son profit. N’est-ce pas au contraire le prolongement naturel de l’histoire et des traditions japonaises qui mènent ce clan de samouraïs.

On notera aussi que l’auteur en insistant tout au long de l’ouvrage sur l’aspect irréductible du peuple et de l’armée japonaise, justifie par avance l’emploi de l’arme nucléaire qui n’est pas encore inventée lorsqu’il écrit ces lignes.

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