Les thèmes, le personnage principal, la narration à la première personne mais aussi l’intrigue – quelques jours d’un adolescent bourgeois livré à lui-même – peuvent faire songer à l’Attrape-cœurs, mais Lorenzo n’est pas Holden Caulfield et Niccolò Ammaniti n’est pas Salinger.
Plus proche du roman pour adolescents que du récit d’adolescence proprement dit, Moi et toi manque de consistance, notamment parce que ses deux thèmes principaux ne s’imbriquent jamais vraiment : l’évocation du malaise de Lorenzo reste cantonnée à la première moitié du récit, la seconde étant consacrée à sa découverte de l’autre – en l’occurrence sa demi-sœur Olivia –, sans que rien ne vienne véritablement lier les deux, ni marquer une évolution.
Du reste, une règle tacite de la nouvelle, applicable à ce roman bref qu’est Moi et toi, veut que l’auteur n’ait pas le droit d’en gaspiller la moindre ligne. Ici, compte tenu de la quantité de dialogues semblant pour la plupart destinés à faire comprendre ce que le lecteur sait déjà – oui, Lorenzo a du mal à communiquer et re-oui, c’est Olivia qui l’ouvre au monde –, il est inévitable que le roman manque aussi de tonus, en particulier par rapport à ce que l’auteur a précédemment écrit. C’est tout juste si l’on trouve çà et là ces notations lapidaires et fugitives qui font le sel des récits d’Ammaniti : « Un goéland était perché sur le squelette d’un arbre couvert de sacs plastique qui émergeait de l’eau couleur gadoue. / Si Dieu m’était venu et m’avait demandé si je voulais être ce goéland, je lui aurais répondu oui. » (chap. 1, p. 23 de l’édition de poche).
Pas de tension, encore moins de surprise, et des zones d’ombre totalement inexploitées : j’ai eu la nette impression de lire quelque chose d’inachevé et de superficiel à la fois.