Le propos de l’article, à priori destiné aux spécialistes mais lisible par n’importe quel profane curieux et cultivé, est de montrer ce que la pensée de Newton – lequel peut être vu de l’extérieur comme un démystificateur fondamental – doit à l’hermétisme (1). Et pour rassurer immédiatement quiconque vient de s’imaginer un délire charlatanesque associant nombre d’or, triangle des Bermudes, mystères des Incas et mémoire de l’eau, l’hermétisme ici n’a rien à voir avec la promesse d’un complot mis au jour ou de forces qui nous gouvernent. L’approche est celle de deux historiens des sciences, qui comme Newton lui-même « réinscri[vent] sa démarche dans l’héritage gréco-romain » (p. 7 de l’édition Allia, traduction A. Minski).
Le matériau de départ de J. McGuire et P. Rattansi est constitué des scholies manuscrites laissées par Newton autour de ses Principes mathématiques de la philosophie naturelle. Autrement dit, des textes qu’on ne trouve pas sous le sabot d’un cheval. Autrement dit, à moins d’être un spécialiste de l’histoire des sciences autour de 1700, il faut faire confiance aux auteurs quant au contenu.
Quant à la forme, Newton et la Flûte de Pan est clair. Parfois complexe, mais clair – ce qui n’est pas incompatible – pour peu qu’on accueille les mots en -ique : « Newton n’a pas limité le champ de ses investigations au domaine de la philosophie naturelle et à la méthode empirico-mathématique qui la sous-tend ; il a traité sur le même pied études théologiques et recherches sur la chronologie antique et, surtout, il y montre la même rigueur méthodologique » (p. 12 ; soit dit en passant, on a là un résumé de la thèse du livre).
Et comme les auteurs aussi manifestent un goût pour la méthode, l’ensemble est structuré : d’une première partie très pointue, on glisse peu à peu vers une évocation plus générale du cadre intellectuel dans lequel Newton – mais pas seulement lui – a exercé sa réflexion. Et les limites de cadre sont plus larges que ne le laisse penser la notion d’hermétisme que j’évoquais au début de cette critique.


(1) Le lecteur tout aussi curieux que je l’étais pourra compléter et ouvrir avec les ouvrages de Daniel P. Walker et de France A. Yates, aux mêmes éditions Allia, ou encore avec la Survivance des dieux antiques, de Jean Seznec (« Champs Flammarion »), plus axés sur l’histoire culturelle et intellectuelle au sens large que sur l’histoire scientifique.

Alcofribas
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le 9 mai 2020

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