Les mots coulent et défilent comme une cascade. Nous sommes proches de l'incantation, c'est une poésie sonore avant tout (attention pléonasme !). Le livre s'avère moins nécessaire que le CD qui l'accompagne. La voix de Cantat est sublime comme à son habitude, remplie d'émotions. On se laisse bercer volontiers, on se laisse surprendre, la guitare de Serge Teyssot-Gay se marie à merveille avec les mots magiques. Le mélange envoûte. On est suspendu à ces mots, un suspense incroyable se manifeste dans chaque silence. La poésie tout comme la musique doit savoir respecter les silences, et c'est plutôt réussi ici. Le rythme, renforcé par l'instrumentation, se tortille, accélère, ralentit, traîne des pieds, s'enflamme avec talent.

Chercher un sens est plus compliqué et ne passe qu'en second plan. C'est un coup de gueule face à l'absurdité du monde, face à l'homme enchaîné à sa condition, à sa petite vie. C'est très gauchiste, oui, et c'est plein de vérités. "Nous n'avons fait que fuir", mais Cantat appelle à aller plus loin, à ne plus fuir. C'est un appel à l'engagement, c'est un hymne à la vie. La poésie, sonore par essence, est un bon vecteur pour parler de la vie, le CD renforce l'idée, on y trouve une présence, une voix humaine pleine d'émotions. On y trouve de la furie, de la nostalgie, de l'humour, de la peur, autant de moments et de sentiments humains que l'on croise sur "la longue route" de la vie. Cantat cherche une vérité, une façon de vivre plus authentique, loin des artifices créés par la société.

"Ce fut en fin de compte un long poème de Bertrand Cantat, au titre surprenant, voire énigmatique, Nous n'avons fait que fuir. Bilan ? Regret ? Appel au réveil ? Ce texte est tout cela à la fois, comme un cri de rage pour dire une période qui nous trouve souvent démunis ou impuissants face à la farce du monde. "Tu as perdu ta langue ?", ce leitmotiv, comme une fausse question, nous incite à reprendre une parole débarrassée des lieux communs et des réflexes de soumission pour trouver la force de dire non, et d'aspirer à autre chose qu'un monde de la pure apparence et du conformisme." Bernard Comment (préface du livre)

Je conseille vivement cette œuvre qui sera je pense plus accessibles aux amateurs de poésie qu'aux autres. Une preuve supplémentaire que Bertrand Cantat est talentueux. Il serait stupide et stérile de confronter cette œuvre aux polémiques morales relatives à la mort de Marie Trintignant.
King-Jo
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Le 6 juin 2011

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