Editore, traditore

Avis sur Oblomov

Avatar Gizmo
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Je sais pas vous, mais moi je préfère les Folio aux Livre de Poche. Je les trouve plus jolis, doux, trapus dans la main. Devil in the details.

J'achetai donc ce bel Oblomov sans même y réfléchir. En l'ouvrant, je jette un oeil distrait au copyright : traduction 1959 publiée par le Club français du livre. Tiens, c'est quoi ça ? Ca fait un peu France Loisirs. Mais quoi, on est chez Gallimard, passons.

Après 547 pages de ce livre admirable (sur lequel j'ai cependant quelques réserves mais on verra plus loin que de toutes façons JE N'AI PAS LU OBLOMOV), j'enquille sur la notice qui parle des différentes adaptations du livre puis comporte une partie intitulée "Sur la traduction française". Et là, je suis obligée de citer : "La traduction d'Adamov est remarquable par sa clarté, sa vivacité et son intelligence du monde russe qu'il lui importait de rendre sensible au public français." Bien.
"On remarque à plusieurs reprises qu'il n'est pas un traducteur ordinaire - ah ? - , notamment quand il "efface" de sa traduction des éléments d'information qui ne sont significatifs que pour le lecteur russe." AH ? IL EFFACE ?
Suivent trois exemples qui relèvent du pur scandale : "Adamov biffe cette allusion qui exige pour le lecteur français une note explicative et n'apporte rien de plus à la description" BIFFE ? ET EN PLUS ON NOUS EXPLIQUE QUE C'EST BIEN ?
Plus loin "Adamov efface plusieurs lignes du texte de Gontcharov qui évoque un conte populaire mettant en scène une isba enchantée capable de se déplacer sur les pattes d'une poule." Là, ils n'osent pas en rajouter sur le fait qu'il a eu raison. POURQUOI MOI JE N'AI PAS LE DROIT A L'HISTOIRE DE L'ISBA ENCHANTEE ??? Pourquoi ? QUI a jugé que ça ne m'intéresserait pas ?
Plus loin "Adamov a pris le parti de ne pas intégrer à sa traduction ce type d'allusion dont l'absence n'hypothèque en rien la lecture du texte" et pour conclure "une traduction comme celle d'Adamov est fluide car elle supprime les obstacles culturels à la compréhension." Moi si je lis un roman russe, c'est parce qu'il est RUSSE.

Liste des coupables : traducteur : Arthur Adamov, édition annotée par Pierre Cahné professeur à la Sorbonne, éditeur : Gallimard.

Et c'est en vente libre. En 2012. Sans aucune mention particulière. (Ah si, il y a écrit "Texte intégral" en 4ème de couverture.)

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