Ces Paroles-là – qui n’ont strictement rien à voir avec le recueil de Prévert ! – sont un des innombrables fonds de tiroir de Pierre Louÿs. Il s’agit de courtes répliques pornographiques tenues par une femme, ou des femmes, dans un cadre qui, on s’en doute, tient plus du lupanar que de la caisse « moins de dix articles » du Lidl. Comme on est chez Pierre Louÿs, elles sont classées en rubriques : « Elle se loue », « Elle séduit une femme », etc.

Dans l’Œuvre érotique publiée en collection « Bouquins », le tout occupe cinq pages. Dans le volume à part réédité par Allia, une soixantaine. Cela tient au fait que ledit volume compte une quinzaine de photographies, évidemment pornographiques, et qui se trouvaient déjà dans les papiers de l’auteur. L’éditeur Guillaume Leingre date les images des années 1920-1930, et émet sans s’y accrocher l’hypothèse que Michel Simon, autre fameux érotomane et collectionneur, ait pu les ajouter aux fragments de Louÿs avant son décès en 1975.

Ces clichés ne sont certainement pas des chefs-d’œuvre. Ils ont peut-être – c’est en tout cas l’idée que l’éditeur semble défendre – le mérite de placer Paroles dans la catégorie des œuvres pour lesquelles la photographie est davantage d’un ajout : Nadja, 1929, Facile… Autrement dit, « le livre aujourd’hui provoque une “installation” » (p. 65). Louÿs en précurseur du surréalisme, qui l’eût pensé ?

Ce volume présente un autre intérêt : il a beau être très bref et inachevé – l’une des douze rubriques se limite à son titre –, on n’y trouve pas une phrase qui ne soit pornographique. Il faut appeler un chat un chat, et une… Bref. Zéro notation d’ambiance, zéro psychologie, zéro implicite. Les phrases sont d’une telle crudité qu’au bout du compte, on se retrouve avec une sorte d’extrait concentré de pornographie, ou d’arôme essentiel de cul si on préfère. C’est beaucoup plus plaisant, et dans un sens, moins malsain, que les hectolitres de « dark romance » que même le plus enragé des agriculteurs n’oserait pas déverser devant une sous-préfecture.

Alcofribas
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le 24 janv. 2026

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