J'ai lu ce livre dans le cadre du jury du Meilleur Roman Points ; il est le 7e de la sélection que je reçois.
Contrairement à ce qu'annonce le titre ("Quatre Lettres d'amour"), on n'a pas affaire ici à un roman épistolaire mais à un roman en 7 parties dans une langue eminemment poétique, parfois même lyrique. La traduction est très belle...
Entre la banlieue de Dublin et les îles d'Aran (au large de Galway), les familles Coughlan et Gore évoluent dans cette verte Erin aux cieux capricieux, chargés des regrets des hommes, dans cette île cernée d'un océan source de créativité dans lequel puisent les hommes de ce récit. Nicholas Coughlan, le narrateur, a vu son père répondre à l'appel de Dieu et tout abandonner du jour au lendemain pour devenir peintre... Avide de lien et de réponses, il l'accompagnera dans ses errances d'artiste torturé où les violentes giboulées se mêlent admirablement aux couleurs de l'artiste, poisseuses d'embruns et détruites par du bétail pendant une nuit d'été... les rapports père-fils se dessinent et s'effacent alors comme autant de repentirs contrariés par les averses.
Du côté des Gore, Isabel est la fille de Margaret et d'un instituteur poète à ses heures (Muiris) : son enfance fut bouleversée par l'accident de son frère Sean, qui le laissa mutique. Elle se liera avec Peader O'Luing, un rustre torturé qui l'aimera mal... avant de ne jamais recevoir 4 lettres d'amour de Nicholas (quelques semaines après son mariage avec Peader), cet homme qu'on dit responsable de la guérison miraculeuse de son frère. Cet homme qui a croisé son chemin grâce à une toile de son père...
Pour résumer, je dirais donc que j'ai apprécié la beauté de la langue, qui se marie très bien avec la nature irlandaise, admirablement restituée comme rouage de la créativité ; pour autant l'évolution narrative est laborieuse et évanescente, et je n'ai jamais vraiment réussi à m'impliquer totalement dans cette lecture, à laisser les personnages vivre en moi...peut-être trop d'évocations, un ton trop allusif, des personnages qui s'éloignent comme des ombres insaississables. Trop éthérique pour moi, même si je salue le travail !
On a beaucoup comparé ce roman au mythe de Tristan et Yseut, j'avoue ne pas très bien comprendre pourquoi : amours contrariées oui, et encore, la fin reste ouverte !