Avis sur

Rien par MarianneL

Avatar MarianneL
Critique publiée par le

Dans «Le roi vient quand il veut», Pierre Michon qualifie le roman de fabrique émotionnelle, et dit qu’il veut écrire dans un tremblement, comme un équilibriste sur sa corde, afin que le lecteur tremble comme lui sur cette corde.

Emmanuel Venet tire cette corde entre deux instants, distants de près d’un siècle : Les divagations de la pensée du narrateur, - un musicologue spécialiste du compositeur médiocre et oublié Jean-Germain Gaucher -, juste après l’étreinte amoureuse avec sa femme pour les vingt ans de leur rencontre, dans une chambre du Négresco. C’est dans cette chambre peut-être que Jean-Germain Gaucher retrouva une ultime fois Marthe, sa maîtresse de toujours ; et le deuxième instant, fatal, quand en 1924, son Pleyel va s’écraser sur Jean-Germain Gaucher et le tuer.

Le narrateur connaît jusque dans tous ses détails, le déroulement de la vie du compositeur, homme aux fulgurances rares, égaré dans la composition de musiques pour un cabaret de Pigalle. Dans ses divagations, il cherche à éclairer les circonstances de la grandeur et de la médiocrité, chez cet homme dont finalement seule la fin est grandiose, écrasé par la chute de son piano à queue.

Le narrateur repense aux débats enflammés, avec un ami proche et néanmoins rival, autour de cette fin, pour savoir s’il s’agissait ou non d’un suicide, et questionne ainsi la capacité de juger un talent saccagé.

Finalement, autour des deux parcours de ces deux hommes, distants mais parallèles, «Rien» est un livre qui traite de l’usure du quotidien, du mirage furtif d’une union que constitue l’étreinte, roman de la solitude de vies toutes parallèles mais qui jamais ne fusionnent.

«Il faut espérer qu’à l’instant fatal où le Pleyel s’apprête à l’écraser, Jean-Germain découvre, dans cette éblouissante révélation après-coup, la réalité sur laquelle il s’est leurré pendant des années : à savoir que sa femme l’a simplement tenu pour moribond durant son exil au sanatorium ; qu’elle est restée en vie tant bien que mal au moyen de colifichets et de fredaines, d’achats idiots et de guilledous qui a la fois renouvellent et insultent le verbe aimer ; et qu’au terme de ses longs mois de solitude elle lui a autant voulu de l’avoir abandonnée que de ressusciter. »

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 643 fois
3 apprécient

Autres actions de MarianneL Rien