Ordinairement les livres de ce genre ne m’attirent pas. Il est vrai aussi qu’ordinairement, ils mettent souvent plus en valeur la fantaisie de leurs auteurs que la richesse des œuvres sur lesquelles ils se greffent. Mais « il s’agira dans le présent essai de tenter de dégager la cohérence de l’univers des petits êtres bleus créés par Peyo afin de parer à la médiatisation abusive des diverses thèses conspiranoïaques qui les prennent pour cibles » (p. 8) : Schtroumpfologies s’inscrit précisément à l’encontre de tout délire interprétatif – et on sait combien facilement les créatures bleues de Peyo prêtent le flanc à de tels délires, dans lesquelles on a pu voir tour à tour des suppôts du communisme, des capitalistes, des fouriéristes, des drogués, etc.
Dit autrement, non seulement « la lecture soupçonnante […] n’est pas, en soi, gage de plus de profondeur, ni d’authenticité » (p. 85), mais « Eco affirme, et nous le suivrons ici encore, qu’“entre l’intention inaccessible de l’auteur et l’intention discutable du lecteur, il y a l’intention transparente du texte qui réfute toute interprétation insoutenable” » (p. 86). Voilà pour les garde-fous dont se sont entourés Dominguez et Hubier.
Cela n’empêche pas leur étude de grouiller d’idées, ce qui ne devrait pas être une surprise pour qui a lu d’autres ouvrages de l’un des deux (mettons Invasion zombie du premier ou Douces Fessées, Plaisantes Caresses du second), ou assisté à quelques-uns de leurs cours, officiels (à la fac) ou complémentaires (au bistrot en face de la fac). Les auteurs sont des comparatistes, alors ils comparent, plus ou moins explicitement : « cette valorisation de l’enfance – et, conformément aux convictions de la post-modernité occidentale, de la crédulité, de l’imagination et de la spontanéité – s’accompagne d’une nette tendance à la régression » (p. 58). C’est ce qui permet à l’ouvrage, on le voit, de porter un regard correctement distancié sur les Schtroumpfs – ce qu’un livre de fan eût difficilement fait.
De même, l’absence de structure apparente ne devra pas rebuter : pas de chapitres, pas de parties séparées typographiquement, mais une rigueur dans l’organisation qui permet de ne jamais perdre le fil, et de ne pas s’encombrer de tout l’attirail rédactionnel d’un travail universitaire, dont l’ouvrage a pourtant le niveau, et pas mal de caractéristiques.
On pourrait définir Schtroumpfologies comme une récréation pour universitaires : ses auteurs parlent d’ailleurs d’un « parcours cavalier du monde de fiction schtroumpf » (p. 85). Mais c’est une récréation sans condescendance, comme si un grand musicien classique jouait quelques morceaux dans le jardin pour la fête d’anniversaire d’un des ses enfants.

Alcofribas
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le 9 nov. 2019

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