La synthèse du quinquennat de Hollande

Avis sur Un président ne devrait pas dire ça…

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« Mais pour moi, il y a un risque quand même, parce qu’il ne faudrait
pas que ce que je vous ai dit puisse être exploité négativement »

Que n'a t-on pas entendu sur ce satané livre ? Une honte, un abaissement de la fonction présidentielle, un suicide politique et j’en passe. On a également entendu parler d’un épisode inédit de transparence, ce qui se rapproche plus de la réalité.
Toutefois, pour ma part, je retiendrai le terme de testament. Il s’agit du testament politique de François Hollande.
Mais avant de disposer pour l’avenir, ce livre règle le passé et le présent de manière définitive. Il y a tout dedans, bien plus qu’on ne saurait rêver, qu’on ne saurait imaginer. Mais il y a tout ce qu’on pouvait apercevoir et même un peu comprendre sans toutefois avoir tous les éléments.
Mais c’est aussi l’histoire d’une incompréhension. Comment cet homme, si intelligent, si conciliant, sympathique, emphatique, doté d’un grand nombre de qualités est-il parvenu à devenir le président le plus impopulaire de la Vème République et surtout, comment ses succès font-ils pour ne jamais être mis à son crédit ? Davet et Lhomme ne cessent jamais de se poser cette question et font plusieurs constats.

Un homme qui ne se livre pas

Hollande laisse peu paraître ce qu’il ressent. Cela peut être une force mais cela peut également susciter l’incompréhension. On ne sait pas ce qu’il pense, ce en quoi il croit de sorte qu’on aura tendance à le prendre pour quelqu’un de cynique, calculateur, manipulateur. Rien n’est plus faux pourtant. Il est seulement très pudique, très réfléchi. L’impulsivité et l’émotivité intempestive n’existent pas chez lui, il a cette capacité à garder toujours la tête froide, en toutes circonstances. Les journalistes ont souvent essayé de le pousser dans ses retranchements, notamment sur Julie Gayet et Valérie T où malgré les évidences, il ne livrait pas le fond de sa pensée, était incapable d’assumer qu’il avait éventuellement mal agi et que cette situation n’était pas étrangère à ses propres erreurs.
D’ailleurs, sur la notion d’erreur il a énormément de mal à dire qu’il s’est trompé. Il va le faire de manière implicite sans toutefois charger la barque. Cela s’entend, il n’est jamais agréable de commettre des erreurs et de le reconnaître mais toutes ces choses retenues ne sont pas forcément positives. En effet, il convient parfois (même souvent) de dire les choses clairement, sinon elles risquent d’exploser à la face.
Enfin, il a aussi manqué une occasion de se livrer lors des attentats du 13 novembre 2015. Peu après les cérémonies en hommage aux victimes, il dit aux journalistes que les jeunes morts sur les terrasses ou au Bataclan étaient comme ses propres enfants. Qu’il s’identifiait très bien aux parents ayant lui-même des enfants du même âge mais il n’a jamais tenu de tels propos en public et les journalistes le déplorent assez explicitement d’ailleurs.

Un candide

Le livre montre clairement que Hollande a été espionné par des personnes qui souhaitaient lui nuire et rendre service à son prédécesseur. Il n’a pas suffisamment fait le ménage dans la police à son arrivée, plus grave encore, au sein même de l’Elysée et cela lui a beaucoup coûté. Et pourtant, il avait des éléments mais il a manqué de prudence. Davet et Lhomme ont eux-mêmes été espionnés de sorte que la relation entre les journalistes et le président revêtaient une dimension un peu plus spéciale.

Un juste

Notamment dans tout ce qu’il dit à propos des affaires judiciaires, que ce soient celles qui peuvent toucher ses adversaires comme ses amis.
Premièrement, il ne pense pas qu’elles puissent avoir un effet sur l’opinion et sur ce plan, il a bien raison. Les multiples mises en examen d’un candidat à la primaire ne l’ont pas empêché de concourir ni même de reprendre le contrôle de son parti. Au contraire, ces affaires jettent le discrédit sur toute la classe politique et cela, Hollande en est bien conscient et l’a répété à plusieurs reprises.

« D’ailleurs, en mai 2016, Hollande constate à propos de Sarkozy,
qu’il juge manifestement mithridatisé ; « Ca y est, maintenant on est
entré dans une période où, même ‘il y avait une mise en examen en
plus, ça ne changerait rien, ça ne le disqualifierait pas… » »

Deuxièmement, son côté résolument non interventionniste dans les affaires judiciaires avec un exemple éloquent, la procureur de Bobigny qui était au cabinet de Ayrault et qui n’a pas hésité à ouvrir une enquête préliminaire à l’encontre de Bartolone. Cela en étonne d’ailleurs certains, comme lors de l’histoire des écoutes de l’ancien président qui a valu une polémique à l’encontre de Christiane Taubira alors que c’était injustifié. Il concède simplement se renseigner sur les problèmes judiciaires en vue de nomination, on apprend ainsi que Bercy a échappé à Anne Lauvergeon car il y avait des enquêtes sur elle.
Enfin, en parlant de ces écoutes, Hollande pense que les magistrats sont… Courageux ! Mais cela, vous ne l’entendrez pas dans la presse, vous ne l’entendrez nulle part. Par contre, lorsqu’il met en cause les magistrats pour défendre sa garde des sceaux, là vous aurez la petite phrase sortie de son contexte…

« Ecouter un ancien président, c’est courageux de la part des
magistrats ».

Un lucide

Il a toujours été lucide sur l’état du pays, sur sa popularité qui ne pourrait que baisser, sur l’échéance de 2017 aussi. Pendant tout le livre le doute suinte. On ne sait pas ce qu’il a l’intention de faire, on ne peut pas avoir une conviction, il y a autant d’éléments en faveur d’une candidature qu’en faveur d’une non candidature.
Il est également lucide sur la politique qu’il doit mener, lucide sur l’état du parti socialiste, des deux gauches mais en revanche, et c’est bien le problème, il est très fort pour les diagnostics et beaucoup moins pour les traitements. Des fois, il a des idées de traitements qui ne sont pas forcément les bons mais plus de fois encore, il n’a malheureusement aucun traitement à proposer et c’est bien dommage.
Il sait que les deux gauches ne sont pas viables à rester dans le même parti et a l’idée de créer le parti des progressistes pour dépasser le PS, mais d’un autre côté, il ne peut pas se résoudre à se séparer de la gauche idéaliste qu’il trouve indispensable, mais qu’à partir d’un moment, il est nécessaire de prendre le pouvoir et d’oublier l’utopie tout en essayant de garder cette gauche avec soi. Il ne voit pas que là est la cause de tous ses problèmes et continue de vouloir tout synthétiser.

Un diplomate

Le livre s’attarde grandement sur l’action de Hollande à l’international et en dit globalement des choses positives, on a tous pu l’observer. Il y a toutefois des passages savoureux, notamment des coups de téléphones de Poutine ou des conversations avec Tsipras qui sont vraiment très intéressantes. On voit également tout le jeu de dupes avec la commission européenne sur la question du budget, ce sont des passages très drôles et vraiment passionnants.

Un gentil

N’est-ce pas là son plus grand défaut ? Sa gentillesse, sa tempérance, sa patience. On voit tout au long du livre comment il ne charge pas la barque sur toutes les personnes qui se comportent ou qui se sont mal comportées avec lui. Il ne veut pas voir que Macron va le quitter, il assume totalement de nommer ministre des personnes qui ne l’ont pas respecté auparavant, il constate son incapacité à se faire respecter par son propre camp. Caligula disait pourtant « qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent » visiblement, Hollande ne mange pas de ce pain là, et c’est vraiment dommage pour lui.
On sent qu’il peut être blessé mais il ne se laisse pas dominer par des sentiments négatifs. Il ne semble pas être adapté à cette époque où tous les coups sont permis. De nos jours, sa volonté de concilier fait un peu tâche et c’est bien dommage.

Un président

Il se trouve que François Hollande a été élu président de la république et qu’il a été à la hauteur. Son incapacité à susciter le même enthousiasme que lors de la campagne tient justement dans le fait qu’un président ne peut pas dire certaines choses. Tout ce qu’il dit dans le livre, il ne pouvait pas forcément le dire même si ça aurait pu le servir politiquement. Il mettait en priorité la dignité de sa fonction et s’interdisait de faire un certain nombre de choses, ne pas être trop partisan, ne pas cliver, ne pas créer de polémique, ne pas brusquer le pays par des paroles malheureuses.
Cela s’entend, mais toutefois, rien ne lui interdisait de faire parler son cœur, d’avoir des émotions. Ce n’est pas une faiblesse, il en convient, et pourtant, il est resté la plupart du temps impassible. Alors oui, résister à tout, c’est bien, mais nous ne sommes que des humains, tout président qu’il puisse être.

Conclusion

Il y a encore tant de choses à dire, ce livre est tellement dense, il y a des anecdotes tellement dingues, comme par exemple l’avocat de Kerviel qui appelle Hollande et lui laisse un message en disant attendre son coup de fil comme s’il s’adressait à un pote, une histoire folle d’agents de la DGSE chopés en Bulgarie en train de faire on ne sait quoi, et plein d’autres choses encore.
Les journalistes se font un parallèle avec Mitterrand et il est assez juste. Aujourd’hui, Mitterrand c’est tonton, on retient toutes ses grandes réalisations, on oublie ses polémiques. Hollande, on ne pense qu’aux polémiques qui n’en sont pas et on en oublie son action, c’est son drame mais, l’histoire n’est pas encore passée par là. Il me faut maintenant citer l’épilogue du livre :

« Certes, lui président, l’un des plus intègres que la France ait
connus, l’un des moins obsédés par le pouvoir et ses attraits, aussi,
n’aura sans doute pas été le catastrophique chef d’Etat si souvent
dépeint. Peut-être même que l’Histoire rehaussera-t-elle son bilan et
le présentera, tout compte fait, comme ayant été, simplement, un
président à la hauteur de sa tâche »

Davet et Lhomme n’ont pas piégé Hollande, ils ont écrit un livre équilibré, objectif, fidèle à ce qu’a été à la présidence de François Hollande, pour le meilleur comme pour le pire.

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