Eli Cranor est très bon lorsqu’il décrit les conditions de travail des ouvriers de ces usines à viande de l’Arkansas : geste répétitif, douleur musculaire, engelure, absence de pause physiologique, heures supplémentaires non payées. Une description à l’os d’un métier pénible et ingrat, occupé majoritairement par des immigrés d’Amérique latine comme ici Edwin et Gaby qui, en réponse à un licenciement qu’ils jugent abusif, kidnappent l’enfant de leur patron. Ces pages sont de loin les meilleures de ce roman noir et social.
Le reste oscille entre le correct et le passable. L’auteur dicte la manière dont il faut aborder ses personnages, détaillant à l’excès leurs émotions et leurs motivations. J’ai ainsi eu la sensation d’être infantilisé, de ne pas me sentir libre dans ma lecture. Il n’y a pas cette ambiguïté habituellement présente dans ce type de littérature. D’autant que le style de l’auteur (ou la traduction) est très lourd, parfois confus, comme cette scène de réunion qui ouvre le roman.
Enfin, pour ce qui est de l’intrigue, je suis resté sur ma faim, même si je note le parti pris féministe de l’auteur dans un genre – le country noir – plutôt masculin. La confrontation de classe entre les deux couples principaux est également bien vue.