Ça décoiffe ! Cette lecture m'a été vraiment difficile à finir. J'aime finir les ouvrages mais pour le coup celle-ci m'a vraiment achevé tant il y a d'informations et que le sentiment d'impuissance face à tant d'oppressions est grand quand on les vit soi-même.
Extrait : " On a mal au c..., n'est-ce pas, quand on lit ça ? On a mal à ses caractéristiques féminines, on a mal au coeur de soi-même, on a mal à sa dignité humaine, on a mal pour toutes les femmes qui nous ressemblent et qui sont niées, esquintées, détruites dans leur vérité. Et on a mal aussi pour tous ces imbéciles d'hommes qui se croient indispensables d'être supérieur en tout et qui ont choisi pour cela la solution le plus facile et la plus dégradante pour tous : rabaisser l'autre. "
Extrait : " On n'a rien tenté pour les femmes. Et elles n'ont pas su ou pas pu le tenter elles-mêmes, parce que chacune est isolée dans son foyer, isolée dans l'amour d'un homme ou d'un maître, isolée dans sa cellule familiale et dans l'amour de ses propres enfants. Le mot cellule à lui seul est révélateur. Et toutes ces solitudes additionnées ne font pas un mouvement homogène, seule force capable d'obtenir justice. Si les femmes demeurent aujourd'hui " la survivance la plus massive de l'asservissement humain" (Germaine Tillion) c'est qu'il reste facile, donc tentant, d'exploiter chacune d'elles séparément."
Benoîte Groult est une journaliste, romancière et militante féministe décédée en 2016. Elle a écrit notamment La part des choses en 72 et les vaisseaux du coeur en 88, adapté au cinéma par Andrew Birkin (si vous pouvez m'envoyer le film je veux bien). Il y a aussi le film 3 femmes en colère adapté de La touche étoile. De 1984 à 1986 elle était présidente de la commission de terminologie pour la féminisation des noms de métiers, fondé par Yvette Roudy en 1984.
Un essai méli-mélo d'assemblage de données avec une réflexion singulière et souvent cynique avec une volonté de sortir de ces cacophonies gargantuesques du patriarcat, de ces lois, ces normes baignées dans le lamentable débarras de stéréotypes tous plus accablants les uns que les autres. Elle parle d'excision, d'avortement, des pires techniques d'accouchements possible et de comment on a naturalisé et sacralisé la douleur des femmes.
Elle parle aussi beaucoup de faits de la médecine, ou de sexisme en politique, dans le monde intellectuel et médiatique. Elle évoque le devoir conjugal, la première césarienne réussie par un castrateur de porc suisse sur sa femme... elle évoque aussi la fausseté du rapport Kinsey qui élabore une fausse corrélation entre la frustration sexuelle et l'instruction des femmes, du clitoris.
Il y a pas mal de faits donc mais assez peu de sources quand il y a des citations, ça manque un peu. Il y a aussi un aspect parfois incomplet dans ce qu'elle raconte si on la prend strictement au mot. Par exemple, le secrétariat d'état à la condition des femmes n'a pas disparu en 76, il a subit un remaniement et été renommé Délégation nationale de la condition féminine. Les 80 des 100 mesures préconisées par Françoise Giroud ont donc été acceptées par le conseil des ministres. Mais ça reste très instructif ! A sortir en société (même si c'est horrible mais au moins le message passe : Cléopâtre était excisée, il semble que c'était monnaie courante en Égypte et l'est toujours)