Cette pièce est pour la plus grande partie une adaptation pour le théâtre de la Vie d’Antoine de Plutarque
Prenons un seul exemple, celui de la pêche d’Antoine, celle qu’évoque Charmian (acte 2, scène 5)
“You wagered on your angling; when your diver
Did hang a salt fish on his hook, which he
With fervency drew up. “
Vous avez fait un pari sur la pêche; et votre plongeur accrocha à l’hameçon un poisson salé que vous avez sorti avec joie !
Voici la scène racontée par Plutarque:
« Antonius se mit quelquefois à pêcher à la ligne, et voyant qu’il ne pouvait rien prendre, en était fort dépité et marri à cause que Cléopatra était présente. Si commanda secrètement à quelques pêcheurs, quand il aurait jeté sa ligne, qu’ils se plongeassent soudain en l’eau et qu’ils allassent accrocher à son hameçon quelques poissons de ceux qu’ils auraient péchés auparavant, et puis retira ainsi deux ou trois fois la ligne avec prise. Cléopatra s’en aperçut incontinent, toutefois elle fit semblant de n’en rien savoir et de s’émerveiller comment il péchait si bien : mais à part elle conta le tout à ses familiers et leur dit que le lendemain ils se trouvassent sur l’eau pour voir l’ébattement. Ils y vinrent sur le port en grand nombre et se mirent dedans des bateaux de pêcheurs, et Antonius aussi lâcha la ligne, et lors Cléopatra commanda à l’un de ses serviteurs qu’il se hâtât de plonger devant ceux d’Antonius et qu’il allât attacher à l’hameçon de sa ligne quelque vieux poisson salé, comme ceux qu’on apporte du pays de Pont : cela fait, Antonius, qui cuida qu’il y avait un poisson de pris, tira incontinent sa ligne, et adonc, comme on peut penser, tous les assistants se prirent bien fort à rire, et Cléopatra en riant lui dit : Laisse-nous, seigneur, à nous autres Égyptiens habitants de Pharus et de Canopus, laisse-nous la ligne : ce n’est pas ton métier : ta chasse est de prendre et conquérir villes et cités, pays et royaumes. »
On est chez ce bon Shakespeare, Il y a donc de ces phrases impossibles à traduire, ou alors en prenant des risques:
Qui saura traduire ces mots de César (acte1, scène 4)
“I should have known no less.
It hath been taught us from the primal state
That he which is was wished until he were,
And the ebbed man, ne’er loved till ne’er worth love,
Comes feared by being lacked.”
J’en livre deux traductions,
Je n’aurais pas dû en savoir moins.
Il nous a été enseigné depuis l’état primitif
Que celui qui est a été désiré jusqu'à ce qu'il soit,
Et l'homme reflué, n'a jamais aimé jusqu'à ce qu'il ne mérite pas l'amour,
Vient redouté par le manque.
J’aurais dû le prévoir.
L’histoire, dès les temps primitifs, nous apprend
que celui qui est au pouvoir n’a été désiré que jusqu’à ce qu’il y fût, et que l’homme déchu, non aimé tant qu’il méritait vraiment de l’être, devient cher au peuple dès qu’il lui manque.
Ni l’une ni l’autre n’a le moindre sens, la mienne n’en aurait pas davantage...