Premier roman de Séphora Pondi, comédienne dans la troupe de la Comédie-Française, que j’ai choisi de lire après avoir lu plusieurs critiques annonçant un texte éprouvant mais court. L’association des deux m’a semblé suffisante pour tenter l’expérience.
Le récit s’articule autour de deux personnages dont on sait dès les premières pages que l’histoire finira mal. L’enjeu n’est donc pas la surprise mais la compréhension du basculement, en remontant les traumas de chacun jusqu’au jour fatidique. Pour Lame, on sent un fond d’angoisse autobiographique, une tension entre le désir de réussite et la peur de se perdre soi-même. Toute la partie sur sa jeunesse et son goût du théâtre sonne juste, on sent que l’autrice parle d’un terrain qu’elle connaît. À l’inverse, Tom paraît moins convaincant. On comprend bien le rejet qu’il subit, mais tout cela reste banal et n’explique pas vraiment son basculement. Rien ne vient étayer la violence de ses actes, et sa trajectoire abjecte semble surgir sans fondement réel. Cela rend le personnage plus inquiétant, comme si l’autrice voulait souligner que le mal peut naître dans une vie des plus ordinaires, sans cause apparente. Une manière de rappeler que l’horreur n’a pas toujours besoin d’un terreau exceptionnel pour se développer.
La langue est organique, charnelle, crue, ce qui correspond bien au récit. On sent que les deux personnages incarnent une tension contemporaine autour du regard des autres. Cette tension, qui traverse tout le récit, trouve sa forme la plus juste dans la manière dont l’autrice oppose le vide et la saturation du regard social. L’un en manque cruellement, l’autre en est saturé. Aucun des deux ne s’en sort, et l’autrice semble vouloir nous rappeler que le seul regard qui compte vraiment est celui de l’amitié, celui qui aime sans juger, loin des regards sociaux ou superficiels.
Ce roman sonne comme un exutoire personnel. Il débute d’ailleurs par une séance d’hypnose, déclenchée par une crise d’eczéma, qui pousse l’autrice à remonter le fil de sa vie. Ce point de départ donne au texte une tonalité introspective, presque thérapeutique. Je m’attendais à une plongée plus vertigineuse dans les zones troubles de l’intime, mais le roman reste en surface, comme s’il se contentait d’exposer sans interroger. Les angoisses des personnages sont celles, assez classiques, de la génération millennial : vouloir exister, sortir du lot, être quelqu’un. Cette quête a son revers, harcèlement, solitude, perte de repères, mais cela ne suffit pas à légitimer la violence. Le roman ne cherche pas à analyser ces dérives, mais à les exprimer, comme une mise à nu.