C'est un premier livre, mais définitivement pas le meilleur. Elle ne m'a pas conquise par là.
Despentes construit dans Baise-moi un récit de radicalité féminine. Deux femmes en rupture totale avec l'ordre social, engagées dans une fuite meurtrière. Le projet est lisible, il s'agit de renverser la position d'objet du corps féminin en faisant des protagonistes les sujets actifs de leur propre violence.
La critique sociologique commence précisément ici.
Les personnages n'existent pas dans une configuration. Au sens éliasien du terme, une configuration est un réseau d'interdépendances, les individus y sont pris dans des relations de pouvoir, d'affect, d'économie symbolique qui les constituent autant qu'ils les constituent. Manu et Nadine surgissent du texte comme des subjectivités pures, presque désingularisées socialement. Leurs trajectoires de classe, leurs capitaux incorporés, leurs réseaux de socialisation primaire restent à l'état de décor. La précarité est montrée, jamais analysée...
Le corps, cher à virginie, est le lieu exclusif de l'action politique dans le roman. La violence physique, le sexe, le meurtre, tout se joue dans et par le corps. Or cette focalisation sur le corps comme site de résistance est sociologiquement réductrice.
Elle reconduit, paradoxalement, la même logique qu'elle prétend subvertir : dans la culture patriarcale, le corps féminin est déjà l'horizon exclusif de la femme. Déplacer ce corps de la passivité à l'agression, c'est changer le signe sans changer la grammaire. Les protagonistes restent assignées au corporel, au charnel, à l'impulsif, là où les figures masculines de la littérature française disposent, elles, de la raison, de la stratégie, du projet.
Bourdieu dirait qu'on a ici une libération dans les limites du champ : la transgression opère à l'intérieur des catégories existantes, sans en déplacer les frontières structurelles.
Dommage mais je lui accorde la petite révolution littéraire qu'elle represe