C’est le premier livre de Virginie Despentes et on y trouve déjà ici l’avant-garde provocatrice de cette étrange littérature féministe, très rentre-dedans (si j’ose dire…) et particulièrement brute de décoffrage… L’auteure se signale par son style tout au présent de l’indicatif, en phrases courtes et en descriptions très aigües pleines de réalisme froid.
En fait, si on tente de caractériser ce style, ce sera uniquement avec des ‘très’… très ceci et très cela : très violent, très sexuel, très glauque, très vulgaire. Mais j’aime bien ce style, d’une redoutable efficacité et à cet égard, il brille comme un diamant acéré aux arêtes (très) coupantes dans grosso merdo le premier tiers du bouquin lorsqu’il décrit parallèlement la misère de ces deux gonzesses complètement à l’ouest.
Deux nanas ou deux débris plutôt, abîmées par la vie, leur vie minable de prostiputes alcoolos obsédées par le cul et presque totalement déshumanisées. Je crois en fait que seule l’une d’entre elles fait le tapin mais ça n’a pas d’importance, car Despentes n’est pas parvenue à les différencier l’une de l’autre : on les confond sans arrêt ces deux gourdasses, c’est bonnet blanc et blanc bonnet (du 95D sans doute ?).
Qu’importe, car bien vite, les deux partent en chasse mais surtout dans une cavale meurtrière, tuant tout ce qui passe ou dépasse, gratuitement, sans états d’âme en bonnes psychopathes sans limites…
C’est donc ‘très’ excessif, souvent cruel mais en même temps très détaché, que ce soit le cul ou le meurtre, tout n’est que prétexte à la satisfaction immédiate et personnelle, les hommes ne servant qu’au bon plaisir de ces dames…
L’écrivaine nous montre ainsi avec à-propos qu’on est naturellement plus choqué par des femmes psychopathes que par des hommes, parce qu’elles se comportent exactement comme des hommes, notamment les cinglés qui tuent nombre de femmes innocentes (du classique chez les ‘serial killers’) alors qu’on ne devrait pas l’être (vive la parité, il faut, il faudra vous y faire !).
Là-dessus, sa démonstration est étonnamment probante, même s’il arrive qu’elles tuent quelques femmes, comme il arrive qu’un homme psychopathe tue d’autres hommes. Toujours est-il que la dite démonstration tourne tout de même un peu court, qu’on n’y croit pas en tant que simple polar et que la psychologie de ces deux femmes est réduite au minimum syndical (« le flingue, la bouteille et la queue » -sic !).
Cela réduit forcément le livre à une caricature, heureusement assez drôle ici et là mais une caricature (mortellement) répétitive au bout d’un temps. Un livre intéressant mais qu’on ne peut pas qualifier de « roman » : ce serait plutôt un cri et de la rage, plus ou moins bien canalisés… (attention, au pluriel entre deux noms de genre différent, c’est le masculin qui gagne à l’accord). Pas d’accord, Mamoiselle Despentes ?