Maria Semple, avec Bernadette a disparu, propose un roman vraiment original, à la fois drôle, critique et touchant. J’ai mis 7,5/10 à ce livre, car même s’il m’a globalement plu, certains aspects m’ont un peu moins convaincu·e. Je vais vous expliquer pourquoi, en partant de ce qui m’a accroché jusqu’à ce qui m’a un peu dérangé.
Ce qui m’a tout de suite attiré dans ce roman, c’est sa forme. L’histoire est racontée à travers un mélange de mails, de lettres, de rapports et de documents divers, ce qui donne un vrai rythme à la lecture. On a presque l’impression de mener l’enquête nous-même. Cette manière de raconter l’histoire est non seulement originale, mais elle sert bien le fond : on est plongé dans le quotidien chaotique de la famille de Bernadette, et on comprend peu à peu ce qui l’a poussée à disparaître.
J’ai aussi beaucoup apprécié le ton du livre. Maria Semple manie très bien l’ironie et l’humour, surtout pour critiquer certains travers de la société américaine, comme la superficialité, la pression sociale, ou l’obsession de la réussite. Bernadette, avec son caractère bien trempé et ses réactions parfois extrêmes, devient un moyen de pointer tout ça du doigt, sans que ce soit lourd ou moralisateur. Ça rend le roman à la fois divertissant et intelligent.
Bernadette est clairement le personnage central, et elle est vraiment réussie. Elle est brillante, imprévisible, fragile… C’est quelqu’un qu’on ne peut pas réduire à un seul trait de caractère, ce qui la rend très crédible et attachante. J’ai aussi aimé Bee, sa fille, qui apporte un regard plus tendre et structuré à l’histoire. En revanche, j’ai trouvé que certains personnages secondaires étaient un peu trop forcés ou stéréotypés – comme certaines mères d’élèves ou voisins. Du coup, ils servent surtout à faire ressortir Bernadette, mais manquent un peu de relief eux-mêmes.
Derrière le ton léger et les situations parfois absurdes, le roman parle aussi de sujets plus sérieux : la solitude, la pression sociale, la santé mentale, la difficulté d’être soi-même quand on ne rentre pas dans les cases. Ces thèmes sont abordés avec sensibilité, et c’est ce qui donne une vraie profondeur au roman. C’est aussi ce qui m’a touché·e dans cette lecture : on rit souvent, mais on réfléchit aussi pas mal.
Le seul vrai point faible, pour moi, c’est la fin. La dernière partie, qui se passe en Antarctique, arrive un peu brusquement et j’ai eu l’impression qu’on changeait presque de livre. C’est original, oui, mais j’aurais aimé que cette partie soit un peu plus développée. Ça aurait permis de mieux conclure certains fils narratifs, et de donner plus de force émotionnelle à la fin.
Bernadette a disparu est un roman que j’ai pris plaisir à lire, surtout pour son ton original, son humour et la complexité de son personnage principal. Même si la fin m’a laissé un peu sur ma faim, j’ai trouvé l’ensemble très réussi. C’est une lecture que je recommande à ceux qui aiment les romans qui sortent un peu de l’ordinaire, tout en restant accessibles et pleins de sens.