J’ai acheté Bernard Arnault, son univers impitoyable en pensant découvrir une enquête réellement incisive, contenant des révélations, des témoignages ou, au minimum, une analyse approfondie du système de pouvoir construit autour de Bernard Arnault.Malheureusement, malgré l’abondance des informations et des sources citées, j’ai surtout eu l’impression de lire une longue revue de presse. Les épisodes relatés sont, pour l’essentiel, déjà connus de quiconque s’intéresse un peu à Bernard Arnault, à LVMH ou au capitalisme français. Les faits s’enchaînent, mais ils sont rarement mis en perspective par une véritable réflexion économique, politique ou sociologique.Le principal problème n’est donc pas que le livre soit critique envers Bernard Arnault, mais qu’il apporte très peu de valeur ajoutée. On attendrait d’une enquête de 400 pages qu’elle révèle des éléments nouveaux ou qu’elle propose une grille de lecture permettant de mieux comprendre les mécanismes de son influence. Or le livre compile beaucoup plus qu’il n’analyse.La communication autour de sa prétendue mise à l’écart de certains points de vente a renforcé l’image d’un ouvrage sulfureux que des puissances économiques chercheraient à faire disparaître. C’est d’ailleurs en partie ce qui m’a décidé à l’acheter. Mais cette aura de livre interdit ou dérangeant me paraît très disproportionnée par rapport à son contenu : la polémique autour de sa distribution est finalement bien plus stimulante que le livre lui-même.La série actuellement publiée par Le Monde sur Bernard Arnault offre, à mes yeux, autant d’informations et parfois davantage de recul. Elle permet surtout d’économiser les 22,90 € demandés pour un ouvrage qui promet beaucoup mais révèle finalement très peu de choses nouvelles.Une déception, non parce que le sujet manquerait d’intérêt, mais précisément parce qu’il méritait une enquête beaucoup plus approfondie et analytique.