On va pas se mentir, c’était très divertissant à lire : du Space opera pop corn assumé, avec des personnages aux contours bien dessinés et plutôt attachants. L’intrigue est plaisante et certains environnements sont vraiment dépaysants (la planète d’Ove par exemple).
Mais, malheureusement, bien que l’ado fan de Star Wars en moi n’ait pas boudé son plaisir, j’avoue être un poil déçu.
Déjà, c’est frénétique. Trop. Courses contre la montre, bastons, blessés, morts, emprisonnements, évasions, le livre ne se pose jamais. Et du coup, les environnements, les espèces sentientes extra terrestres ne sont que des prétextes à faire avancer l’histoire, sans qu’on ne s’y arrête jamais vraiment. Certains personnages clefs disparaissent d’ailleurs en cours de route, annihilant ainsi toute possibilité pour nous de nous en émouvoir.
Ensuite, j’ai pu lire que l’originalité principale du livre se trouvait dans la présentation d’une héroïne brisée par la guerre, qui viendrait ternir l’univers coloré du Space opera et approfondir la portée du genre. Dans les faits, les traumas encaissés par Shylott ne sont résolus, de manière répétitive, que par leur refoulement systématique et de la métaphore (un peu éculée) des tiroirs encombrés de son passé. Sans que cela n’ait vraiment de conséquences, ne la fasse complètement peter les plombs, ne la dévie de sa trajectoire. Alors oui, elle fait des conneries, elle déraille un peu, mais se raccroche toujours, ne cesse d’avancer et finalement ne change pas vraiment. Ne résout pas grand chose. Et on la quitte un peu au même endroit où on l’avait rencontrée.
Les personnages sont des archétypes quelque peu essorés : le bourrin que tout le monde craint mais qui a un grand cœur, le flic qui réalise que le système est pourri, l’aristo philanthrope en rébellion contre sa classe, le gros méchant tout rouge, etc... en résumé, c’est un peu la série Arcane, mais sans les visuels de zinzin, et sans réelle zone de gris, sans Jinx.
Enfin, cela se classe dans la catégorie des livres de SF qui sont engagés politiquement sans vraiment l’être : le mal est tellement caricatural que n’importe quel facho soutiendra la résistance (coucou Star Wars). Alors oui, c’est censé nous montrer les inégalités du « système » (capitaliste ? Ce n’est même pas clair, mais on suppose), les très riches en costard noir manipulent secrètement les très pauvres, et c’est pas bien. Mais franchement, qui serait en désaccord avec ce constat ? Notre société est inégalitaire de façon beaucoup plus pernicieuse, complexe et vicieuse (pour l’instant en tout cas). En résumé, je comprends que l’on veuille forcer les traits pour les besoins du divertissement, mais le miroir est peut être un peu trop grossissant , voire déformant, pour qu’on y voie un livre militant (ce qui n’est peut être pas le but, d’ailleurs..).
Dommage, parce qu’il y a un poulpe très stylé dans le roman, et que moi j’adore les poulpes.