Encore un Anglais qui pille l’héritage de la Grèce, bordel de cul.
L’Odyssee est une histoire fascinante, sur une peur viscérale, particulièrement ancrée dans une culture à laquelle, malheureusement, Christopher n’a pas jugé bon de s’intéresser (ouais, comme un bon vieux colon quoi) : la peur de perdre son identité.
Dans une civilisation où la mer prend tellement d’espace, où les hommes et les femmes sont si peu nombreux, agglutinés sur des petits rochers, s’égarer, perdre son foyer, perdre ce qui fait l’humanité (bêcher la terre, l’hospitalité, le feu, la famille), est une hantise absolue. Ulysse est un héros perdu, qui d’ailleurs n’en est plus un : constamment transformé par Athéna, qui est le 2eme personnage principal de l’Odyssée (oui c’est difficile à percevoir dans les apparitions façon Dune de Zendaya), il est tantôt un jeune prince, tantôt un amant, tantôt un vieillard, mais il n’est plus roi d’Ithaque. Pas une seule description de son vrai « lui » n’est d’ailleurs donnée dans le chant. C’est un mystificateur, un conteur qui sait divertir son audience, qui raconte de belles histoires et qui nous hypnotise. Mais c’est aussi un homme qui cherche à comprendre qui il est. On lui a même enlevé de sa bouche sa plus célèbre ruse, quand le Cyclope lui demande son identité : mon nom est Personne. Une ruse centrale dans l’œuvre, qui participe à en éclairer le sens, et à souligner sa fuite en avant vers l’effacement.
Mais pour comprendre cette antique peur, difficile à appréhender pour nous, il faut s’intéresser à une culture, décentrer son regard. Nolan a plutôt choisi de nous délivrer toute sa sagesse : la guerre c’est mal. Puis de nous mettre au centre un thème éminemment chrétien, PARFAITEMENT absent de l’Odyssée : la culpabilité. Dans l’esprit de ces temps et de cette région du monde, où la guerre est un art, un devoir citoyen, l’unique moyen d’accéder à l’immortalité, Ulysse se sentant coupable de la ruse du cheval, des morts provoquées, etc est une absurdité absolue. Puis non, l’Odyssee n’est pas un récit de guerre. Pour ça, raconte nous l’Iliade, ou la chanson de Roland. La guerre de Troie y est à peine évoquée, ce n’est pas le putain de sujet en fait.
Et enfin, l’Odyssee c’est de la poésie. C’est l’art, mis en abîme, de savoir raconter le monde : de décrire l’aurore, de dire la couleur de la mer, de lire la douleur ou la joie dans un regard. Ce n’est pas pour rien que le chant des Sirènes est au milieu du poème. Il incarne cette version absolue, dangereuse de la poésie, l’illusion qu’on finit par croire vraie tant elle est belle. Et il fait quoi Nolan ???? Il nous en prive. Putain. Alors qu’il y avait une proposition d’art sonore, pourquoi pas visuel, de ouf qui s’offrait à lui !!! Tout ça pour regarder Ulysse encore une fois raconter qu’il a entendu des regrets et de la culpabilité. N’importe quoi.
Et toutes les fantaisies de ce récit, qui ont émerveillé l’enfant que j’étais, et tant d’enfants (et d’adultes!) à travers les âges, les dieux et les déesses, les monstres, l’outre des vents, des forêts mystérieuses, les reflets étranges de la mer… tout ça a été sacrifié sur l’autel du « réalisme ».
Il reste quoi, dans tout ça… une très belle scène avec Circé, quelques scènes impressionnantes de naufrage, un très bon Antinoos. Puis visiblement, les ventes de l’Odyssée explosent en librairie, et plein de gens vont découvrir ces chants magnifiques. C’est déjà ça de pris.