Ce qui est surprenant dans Britannicus, c'est que la pièce se nomme Britannicus et non Néron. Souvent Racine a l'art de nous surprendre dans les noms ; Andromaque est le personnage survivant, presque sublime, Phèdre est la dernière à mourir, Iphigénie à l'inverse ne se retrouve pas sacrifiée ; ici, Britannicus se fait attendre et semble avoir un rôle d'objet, objet de la folie fratricide de Néron.
Ce qui est terrifiant dans Britannicus, c'est Néron. Néron, empereur tyrannique de Rome s'il en est, est introduit par un regard extérieur, et quel regard ; celui de la mère. L'image de la mère, pourtant rare chez Racine, fait office de maîtresse, d'impératrice, de tyran, bien plus que son propre fils ne l'est. Amusant de constater que, comme Racine le précise lui-même, Néron n'est que peu tyrannique, et il le présente bien avant ses actes si connus ; un seul mort dans la pièce, Britannicus, cela n'est que le début de ses crimes comme le souhaite Burrhus dans le dernier crime. Et c'est là l'intérêt que je trouve au personnage, qui confond terriblement amour, jalousie, et pouvoir, et finit par faire des autres les victimes de sa propre folie.
Britannicus, c'est la lutte fratricide, c'est la haine entre un fils, sa mère, et son frère qu'il n'est pas tout à fait, c'est l'ambiguïté d'un personnage, c'est l'aveu, c'est le triomphe de la mère, et comme souvent dans Racine, de l'image féminine.
Dans Britannicus, le choix de Rome étonne ; la famille, les frères, le pouvoir, le doute maintenu jusqu'au dernier moment quant au sort du héros éponyme et quant à la stratégie de son rival nous rapproche plus de Corneille que de Racine. On se sent happés ne serait-ce que pour s'attendrir du sort de Britannicus et pour savourer le dépit et le triomphe des personnages restants (sans quoi la tragédie ne semble pas terminée selon Racine), et les vers portent le dialogue avec une beauté poétique particulièrement travaillée. Les nombreuses stichomythies nous emportent et nous donnent à lire, ou à voir, tel que je l'apprécie infiniment en tant que dixseptièmiste confirmé, une tragédie racinienne aussi spectaculaire que chez son rival.