Cap au pire
7.8
Cap au pire

livre de Samuel Beckett (1991)

Cap au pire ou tentative de l'échec. Un livre aux mots malmenés, mêlés de maux méandreux. 60 pages de musique blanche et de lettres noires, habillées de quelques motifs que Samuel Beckett ressasse jusqu'à l'obsession, jusqu'à l'écoeurement, jusqu'à l'impasse définitive. Cap au pire est le roman du parachèvement d'un néant inaccessible, impraticable, impossible. Une quête d'un déjà-là trop plein, encombrant et absolu dans le même mouvement métronomique.


Les motifs : un Encore écrit jusqu'à plus mèche, deux mains (l'une jeune, l'autre vieille) embrassées et mal étreintes, hiatus bas et hiatus haut, des ombres se mouvant dans une obscurité se confondant avec elles-mêmes, un agenouillement comme tentative de presque, un moindre petit quelque chose bizarrement opposé à une paire d'yeux largement clos et écarquillés in fine. Rien que pis que Cap au pire, encore et toujours les mêmes mots méchamment, comiquement, sinistrement malmenés par Beckett et son errance tortueuse : c'est beau, limpide dans sa plus extrême nébulosité, puissant comme un charbon d'ébène chauffé à blanc, exemplaire comme une image sans légende ni commentaire.


Samuel Beckett rature invisiblement le réel en créant les origines du vide. Cap au pire est un livre aussi sublime que désespérant, aussi complet qu'inconséquent, aussi fort que déconcertant. Un livre à lire à voix haute en en buvant chaque syllabe, chaque point, chaque hiatus. De bruit et de silence les motifs ressassés dans le plus bel épuisement témoigne d'une volonté de renoncement conférant aux sphères les plus hautement méditatives. Absurde oui, mais moins dans ce qu'il a de faussement nonsensique que dans sa portée existentielle terriblement ténue. Génie du concept, limpidité musicale, mots savamment choisis : un grand livre.

stebbins
8
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le 7 nov. 2021

Critique lue 76 fois

stebbins

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