Premier roman d’Éric Chacour et quel roman ! Difficile de passer à côté en cette rentrée littéraire tant il vous embarque dans la ville du Caire du milieu du XXè siècle jusqu’à sa fin, décrivant un monde révolu où la prestance sociale tenait place d’us et coutumes.


Éric Chacour raconte l’histoire de Tarek, au cœur du Caire, dans les années 60, au sein de la communauté levantine qui enregistre un déclin notoire. Ce garçon suit le chemin tout tracé par son famille. Malmenées par le renouveau de la conscience égyptienne et la politique de Nasser, les conventions sociales de cette communauté imposent pourtant encore leur strict respect.


Aussi, Tarek n’a jamais imaginé faire autre chose que médecin comme son père, reprendre sa patientèle à sa mort et officier dans la clinique qu’il avait créée. De même, il épouse son premier flirt, tout absorbé à vivre son travail. Seulement, en consacrant une journée dans le quartier pauvre, sa vie va basculer. Plus rien ne sera comme avant !


La présentation doit s’arrêter là. La poursuivre, serait dévoilée une partie de la portée romanesque de ce premier roman. En deux parties, la seconde vient relancer l’intrigue de manière complètement inattendue. Le style est maîtrisé pour émouvoir, décrire et raconter.


“Tendre, douce et pudique”

On cherche les éléments autobiographies contenus, souvent, dans un premier roman. Évidemment, il y a cette “ville-pays”, Le Caire, chère au cœur de ce Canadien né à Montréal dont le père est cairote et sa mère née à Alexandrie. Les odeurs, son tumulte vertigineux et l’ambiance des années 60 y sont restitués avec méticulosité. Ce monde n’existe plus et pourtant, même dégradé et abandonné, sa présence se sent encore dans les bâtiments abandonnés du Caire moderne.


L’homosexualité tient une place particulière en dénonçant le carcan d’une société qui oblige à l’exil. Est-ce que les choses ont beaucoup changé ? Pas sûr ! Seulement l’angle abordé par Éric Chacour est singulier et a le mérite de faire réfléchir.


Même si Tarek ne satisfait plus les aspirations sociales de son clan, sa personnalité, le lecteur l’aborde avec affection, tant Éric Chacour veille à nous le présenter ainsi. Pourtant, la seconde partie aurait pu, peut-être par facilité, nous plonger dans le ressentiment et même la vengeance.


Ainsi la force de Éric Chacour dans Ce que je sais de toi est sa patte romanesque avec son écriture “tendre, douce et pudique” “à la fois disait Augustin Trapenard dans sa Grande Librairie de rentrée.


Rien à ajouter !


La suite de la chronique illustrée ici

https://vagabondageautourdesoi.com/2023/10/04/eric-chacour-ce-que-je-sais/

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le 5 oct. 2023

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