C'est pile il y a 30 ans que l'on a pu découvrir Patrícia Melo et sa plume ardente, avec O Matador, qui retraçait le parcours hallucinant d'un jeune homme de São Paulo, devenu à la suite d'un pari perdu un tueur à gages sans états d'âme. Au fil des années, la romancière brésilienne a parfois signé de véritables polars, mais elle n'a jamais perdu contact avec le peuple des plus démunis des grandes villes brésiliennes. Petit aparté : on l'a vue en septembre 2022, à Biarritz, débattre avec le grand auteur cubain, Leonardo Padura, autour du roman policier et les deux écrivains se rejoignaient parfaitement dans l'importance qu'ils donnaient dans leurs livres à l'aspect social dans leur pays respectif, qu'ils ne voulaient quitter pour rien au monde, mais dont ils n'hésitaient pas à dénoncer les tares et l'écart grandissant entre riches et pauvres. Ceux qui n'ont rien est un titre qui résume parfaitement le propos de Patrícia Melo, qui raconte le quotidien d'une partie défavorisée des habitants de São Paulo, la ville la plus peuplée du Brésil et même de toute l'Amérique latine. La romancière, très documentée sur les conditions de vie paulistes, a choisi d'écrire un roman choral, pour nous plonger au cœur d'une population en situation de rue, pour la plupart de ses protagonistes. Il y aurait de quoi se perdre parmi les personnages de cette jungle du bitume, mais l'autrice parvient à nous intéresser au destin de chacun d'entre eux, y compris à ceux qui y laissent leur peau, victimes directes ou collatérales de la violence, laquelle est d'ailleurs souvent de source policière. L'état des lieux est terrible, mais il ne faut pas compter sur Patrícia Melo pour en rajouter sur le mode pathos. Son style flamboyant et cru n'édulcore cependant rien et son ironie cinglante fait le reste. Les hommes et les femmes qu'elle décrit ne sont pas des saints, loin de là, mais ils ont leur amour-propre et s'ils ne sont rien, c'est au regard de ceux qui ont tout, soit la richesse, soit la force qui va avec l'uniforme qu'ils portent. Par certains côtés, Ceux qui ne sont rien rappelle les Affreux, sales et méchants du film d'Ettore Scola, lequel, en dépit de son titre et de ses ressorts davantage comiques, ne se trompait pas sur l'instinct de survie, le courage et la dignité qui les caractérisaient.
Merci à NetGalley et aux éditions Buchet Chastel.