Gilbert Cesbron s'attache au personnel encadrant les délits de l'enfance. Et s'il le fait avec une plume exaltée, le sujet le mérite bien. Soit des enfants que l'on a abandonné, ou qui vivent dans des taudis. Qui empruntent, naturellement, la voie du crime, car c'est la seule qui est facile pour eux, et ils ont l'exemple de leurs aînés. Ou alors ils sont orphelins, et il faut bien vivre.
Alors on vole.
Et on se fait prendre.
Et alors, voilà monsieur Lamy, le juge pour enfant, dont l'avancement longtemps retardé est remis en question, car son métier s'apparente à un sacerdoce. Et il y a les éducateurs, ceux qui sont en première ligne, qui essaient, cherchent des solutions : comment faire que ces êtres abîmés par la vie soient, à nouveau, des enfants, et rien que cela?
C'est tout un univers qui se déploie, dont on peut malheureusement voir les résonnances aujourd'hui encore. Le malheur reste le malheur, qu'y peut-on?
La réussite du roman est de donner autant de place aux enfants qu'aux encadrants. Chacun a ses façons de voir, ses doutes et ses certitudes. Et chacun agit comme il croit devoir agir. Le centre de Terneray, toujours ouvert (cela fait penser aussi à la maison pour filles de Au royaume des cieux), est une vaste expérimentation, où chacun cherche la solution d'un problème qui n'en a pas. On se trompe parfois, mais l'essentiel est de chercher à avancer.
Véritable hommage à un métier dont on disait plus haut qu'il s'apparentait à un sacerdoce, Chiens perdus sans collier est aussi un réquisitoire pour que cesse ce malheur.
Le roman trouve en outre une véritable profondeur dans les contrepoints qu'il offre, n'hésitant pas à remettre en question l'institution qu'il défend pourtant : en concluant que le milieu familial peut ne pas être des plus satisfaisants, il est parfois préférable à l'internat. Une chambre à soi, c'est déjà un trésor.
Un mot sur le film, maintenant que j'ai lu le livre : j'ai été surpris qu'il ne reprenne finalement pas tellement l'intrigue. Nous avons à faire à un roman choral, là où le film resserre son intrigue sur le juge et trois enfants. On y perd sans doute en portée, et on perd en émotion, car il n'y a pas la langue de Cesbron, mais enfin cela montre une volonté de s'approprier le sujet, et d'en faire un objet cinématographique. En offrant par exemple cette belle ouverture avec la ferme en feu, quelque chose qui n'est pas dans le livre.