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le 30 juin 2021
SuivreCircé
Circé incarne à elle seule l’indépendance et la force, la féminité et la sorcellerie. Autant de thèmes réunis en une seule figure, féminine et complexe, qui interroge la mythologie sur les...
J'allais commencer cette critique en écrivant que Circé n'était pas un mauvais roman, simplement un livre qui n'avait pas été à la hauteur d'attentes un peu trop élevées. Mais en réalité, plus je rédige, plus je parviens à rationaliser mon désintérêt pour l’œuvre, et moins je lui trouve de qualités.
L'idée qui préside à Circé est pourtant séduisante. Depuis quelques années, les réécritures des mythes grecs s'attachent à déplacer le regard vers les personnages relégués au second plan, leur offrant enfin une voix propre. Après Patrocle dans *Le Chant d'Achille*, Madeline Miller choisit Circé, figure de la mythologie grecque, longtemps cantonnée à un rôle secondaire.
Je n’ai plus aucun souvenir de l’Odyssée, que j’avais lue étant petite, mais j’ai récemment revu le remarquable documentaire animé d'Arte consacré à l'Odyssée, et le souvenir de la Circé d'Homère (telle que dépeinte dans le film) était encore vif. On comprend immédiatement ce que cherche à accomplir Madeline Miller : restituer les émotions, les hésitations, les blessures d'un personnage dont le mythe ne conservait que les actes odieux. En théorie, la démarche me plaît énormément.
C'est pourtant précisément là que le roman est un échec à mes yeux.
Le paradoxe de Circé est que l'autrice entend donner une personnalité à son héroïne, mais ne parvient jamais à la faire exister. Non pas parce que ses qualités seraient mal choisies, mais parce qu'elles ne sont jamais incarnées. On nous affirme que Circé est spirituelle, sarcastique, indépendante, audacieuse. Mais on nous le dit plus qu'on ne nous le montre.
C'est une distinction essentielle. Un personnage ne devient pas brillant parce que le narrateur le qualifie d'intelligent ; il le devient lorsque ses décisions, ses paroles et sa manière d'agir convainquent le lecteur. Ici, j'ai constamment eu l'impression que Madeline Miller décrivait la femme qu'elle voulait écrire sans jamais réussir à l'écrire véritablement.
Les dialogues en sont l'exemple le plus frappant.
Ainsi, lorsque Circé affirme à propos d’Hermès il me semble : « Ce n'était pas un mari, à peine un ami. C'était un serpent venimeux, j'en étais un autre, et sur ces bases, nous nous amusions. », le texte semble attendre de nous que nous admirions son esprit mordant.
Pourtant, son esprit mordant se résume à ça : « Tu m'as jetée en pâture aux corbeaux, mais il se trouve que je les préfère à toi. » ou encore : « J'ai une meilleure idée. Je vais agir à ma guise, et la prochaine fois que tu comptes tes enfants, ne m'inclus pas. »
À chaque fois, j'ai eu l'impression d'entendre moins une immortelle vieille de plusieurs millénaires qu'une adolescente en pleine crise d'opposition. Les répliques sont censées claquer ; elles sont tout bonnement ridicules.
Cette faiblesse rejaillit sur tout le roman. Les personnages secondaires sont d'une platitude décevante. Les dieux et les déesses sont désespérément grossiers, sans complexité, sans nuance ; seul Hermès est un peu mieux travaillé. A notre grand dam, les seuls personnages un peu complexes et intéressants (Aèthès et Ulysse par exemple) sont totalement ruinés à la fin.
Je suis restée mitigée sur la victimisation de Circé. Une part de moi était quand même rassurée que sa monstruosité ait une origine extérieure, et il m’a semblé qu’elle incarnait bien la figure féminine bafouée qui se relève et qui n’abandonne pas sa dignité. Une autre partie de moi était déçue que Miller n’ait pas conservé une Circé monstrueuse. J’ai peut-être été un peu lassée d’avoir une Méduse répétita, et finalement mon personnage préféré était Médée.
Créée
le 10 juil. 2026
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