Circe a ses forces, notamment une imprégnation mythologique omniprésente qui en fait pratiquement un roman de fantasy, une caractérisation initiale complexe de sa sorcière qui découvre en même temps que nous les bizarreries de son univers, tout le kitsch parfois dérangeant de ces histoires de déesses, dieux et titans, et qui est là au premier degré, et il y a quantité de beaux passages, comme la rencontre attendue avec Ulysse, bref j'ai été bien plus convaincu que par l'Achille de Madeline Miller qui m'apparaissait essentiellement comme un exercice de réécriture scolaire, « Racontez l'histoire d'Achille vu par Patrocle », sans réelle puissance. Circe a moins souvent ses travers, mais après le baroquisme des débuts, il faut bien reconnaître que le récit retrouve souvent des rails plus fastidieux, et la volonté de Miller d'y mettre toute la mythologie tout en rendant le roman accessible aux néophytes n'aide pas, tant le procédé de faire rencontrer tout le monde à Circé, puis de trouver le premier prétexte venu pour qu'un narrateur lui raconte la fin d'un mythe, se répète et fait artificiel, quand il était d'une subtilité assez évidente de montrer éventuellement Circé qui s'interrogerait sur le devenir de Médée, ou découvrant le sort d'Arachné par des visions de sorcellerie avec poésie et mystère.


Paradoxalement, j'ai même été perturbé dans mon empathie pour Circé par le fait qu'elle devienne si vite quelqu'un de positif en quête de rédemption, quand le début pouvait précisément établir sa morale détraquée pour une multitude de bonnes raisons, et alors qu'on s'orientait vers un postulat misandre que je ne demandais qu'à voir se déployer, assez vite on traite pratiquement hommes et femmes, déesses et dieux, bien davantage à égalité que je ne l'aurais pensé, au point que le roman fait bien des efforts pour distinguer la sorcière qui transforme les hommes en cochons et les mange de la sorcière qui tue son frère et ses enfants par amour, quand leur parenté non seulement biologique mais thématique, ontologique, aurait précisément justifié de nous perturber de ces cruautés si bigger than life qu'elles en sont écrasantes (on se rappelle la fin de la Médée de Sénèque par exemple), qu'elles dépassent notre pauvre jugement mortel de 2026 au lieu d'essayer de l'épouser si curieusement.


On notera que je donne tout de même un 7/10 au roman, dont les qualités réelles méritent à mon avis sincèrement d'être recommandées, mais la frustration de ne pas lui accorder le 8 voire le 9 vers lequel il s'orientait dès le début ne pouvait que me conduire à en souligner des limites qui me semblent réelles parce qu'elles le font passer pas seulement à côté de ce que j'en espérais tout personnellement, mais à côté de ce qui paraissait promis, par le projet et par le début du roman.

XipeTotec
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